Théâtre

Avignon Off : brillant « Criminel » de Yann Reuzeau à La Factory

Avignon Off : brillant « Criminel » de Yann Reuzeau à La Factory

06 juillet 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

Boris tue son père. Camille, sa sœur adorée, frôle la mort cette même nuit.  Depuis Oedipe,le parricide est  le roi des sujets. Yann Reuzeau s’en empare et signe une pièce directe et forte : « Criminel ».

 

Une pièce d’auteur. 

Yann Reuzeau signe sa première pièce comme auteur/metteur en scène en 2000 : La Secte, un drame sur la foi et la sexualité. En 2006, Débutantes explore les nouvelles formes de prostitutions. En 2008 Monsieur le Président, il signe une comédie sur le pouvoir et en 2009 Puissants & Miséreux, un diptyque sur la place de l’argent dans notre société. En 2011, il crée Chute d’une nation, une série théâtrale  épique et politique. Au même moment, il crée De l’Ambition, un drame sur l’adolescence. Puis en 2014 Mécanique Instable (Prix Théâtre de la Fondation Charles Oulmont), une épopée de la vie d’une entreprise se transformant en SCOP. Aujourd’hui il crée Criminel sur le parricide. L’écriture est directe, dépouillée. La force du texte est dans ce qui ressemble à une hésitation de l’auteur qui ne dit rien de sa conviction, rien non plus d’une opinion ou d’un biais qu’il voudrait défendre. Le matériel est là dont nous nous emparons pour chacun à sa façon et individuellement, élaborer quelque chose d’une prise de position qui se révèle impossible. Le décor et la scénographie ajoutent à l’effet d’encerclement du texte.  Les feed-back, les retours des souvenirs sous forme de rêves et donc de contingences accompagnent l’écriture circulaire de cette épopée familiale. Reuzeau fait œuvre donc et son geste est rendu possible par le brio de l’interprétation. Frédéric Andrau nous communique sa soif jamais rassasiée de savoir tout du meurtre.  Morgan Perez est le parricide, inoubliable dans sa vibration contenue.  Noémie Dallès  interprète le personnage MacGuffin de l’intrigue, périphérique cependant qu’essentiel d’une femme amoureuse, mais courageuse tandis que Sophie Vonlanthe, au rôle impossible de la sœur victime collatérale du parricide, parvient à interpréter la vitalité ambiguë et l’humanité blessée du personnage.

Une pièce sur le trauma.

La force de la pièce est dans sa retenue. Boris tue son père dans un processus inéluctable. Camille, sa sœur adorée, frôle la mort cette même nuit. La séquence interroge et reste incompréhensible. Alexis, l’époux de Camille ne renonce à comprendre et tandis que la justice des hommes passe sur Boris, les protagonistes continuent à se débattre face aux silences, aux questions sans réponse et au traumatisme comme autant de crimes invisibles. La pièce a l’intelligence de la psyché humaine, car elle donne à voir comment l’expérience traumatique nous refuse le souvenir alors qu’elle nous oblige dans le même temps aux ruminations mentales. Yann Reuzeau par l’astuce géniale de la victime supplémentaire montre comment un sentiment de culpabilité irradie et contamine chacun des personnages tout en offrant à chacun d’eux une sortie de secours.

 

CRIMINELS

FACTORY (LA) – Salle Tomasi

4, rue Bertrand
84000 – Avignon

18H45
durée 1h30

Crédits Photos ©Gaël Rebel

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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