Théâtre

Avignon Off : brillant « Criminel » de Yann Reuzeau à l’Artéphile

Avignon Off : brillant « Criminel » de Yann Reuzeau à l’Artéphile

12 juillet 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Boris tue son père. Camille, sa sœur adorée, frôle la mort cette même nuit.  Depuis Oedipe,le parricide est  le roi des sujets. Yann Reuzeau s’en empare et signe une pièce directe et forte : « Criminel ».

 

Une pièce d’auteur. 

Yann Reuzeau signe sa première pièce comme auteur/metteur en scène en 2000 : La Secte, un drame sur la foi et la sexualité. En 2006, Débutantes explore les nouvelles formes de prostitutions. En 2008 Monsieur le Président, il signe une comédie sur le pouvoir et en 2009 Puissants & Miséreux, un diptyque sur la place de l’argent dans notre société. En 2011, il crée Chute d’une nation, une série théâtrale  épique et politique. Au même moment, il crée De l’Ambition, un drame sur l’adolescence. Puis en 2014 Mécanique Instable (Prix Théâtre de la Fondation Charles Oulmont), une épopée de la vie d’une entreprise se transformant en SCOP. Aujourd’hui il crée Criminel sur le parricide. L’écriture est directe, dépouillée. La force du texte est dans ce qui ressemble à une hésitation de l’auteur qui ne dit rien de sa conviction, rien non plus d’une opinion ou d’un biais qu’il voudrait défendre. Le matériel est là dont nous nous emparons pour chacun à sa façon et individuellement, élaborer quelque chose d’une prise de position qui se révèle impossible. Le décor et la scénographie ajoutent à l’effet d’encerclement du texte.  Les feed-back, les retours des souvenirs sous forme de rêves et donc de contingences accompagnent l’écriture circulaire de cette épopée familiale. Reuzeau fait œuvre donc et son geste est rendu possible par le brio de l’interprétation. Frédéric Andrau nous communique sa soif jamais rassasiée de savoir tout du meurtre.  Morgan Perez est le parricide, inoubliable dans sa vibration contenue.  Blanche Veisberg, interprète le personnage MacGuffin de l’intrigue, périphérique cependant qu’essentiel d’une femme amoureuse, mais courageuse; elle s’en tire avec une création à proximité tandis que déréalisée et Sophie Vonlanthe, au rôle impossible de la sœur victime collatérale du parricide, parvient à interpréter la vitalité ambiguë et l’humanité blessée du personnage.

Une pièce sur le trauma.

La force de la pièce est dans sa retenue. Boris tue son père dans un processus inéluctable. Camille, sa sœur adorée, frôle la mort cette même nuit. La séquence interroge et reste incompréhensible. Alexis, l’époux de Camille ne renonce à comprendre et tandis que la justice des hommes passe sur Boris, les protagonistes continuent à se débattre face aux silences, aux questions sans réponse et au traumatisme comme autant de crimes invisibles. La pièce a l’intelligence de la psyché humaine, car elle donne à voir comment l’expérience traumatique nous refuse le souvenir alors qu’elle nous oblige dans le même temps aux ruminations mentales. Yann Reuzeau par l’astuce géniale de la victime supplémentaire montre comment un sentiment de culpabilité irradie et contamine chacun des personnages tout en offrant à chacun d’eux une sortie de secours.

La pièce brillante est à découvrir durant le OFF à l’Artéphile.

CRIMINELS
à l’Artéphile
7 rue Bourg Neuf 84000 Avignon
12h05
durée 1h30
Crédits Photos ©Gaël Rebel

 

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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