Théâtre
Christian Benedetti explore les écritures contemporaines d’Edward Bond et Lina Prosa au Studio-théâtre de la Comédie-Française

Christian Benedetti explore les écritures contemporaines d’Edward Bond et Lina Prosa au Studio-théâtre de la Comédie-Française

08 avril 2013 | PAR Christophe Candoni

La Comédie-Française invite Christian Benedetti à faire découvrir deux pièces contemporaines européennes : Existence et Lampedusa Beach sont des textes forts, engagés, politiques, en prise avec la réalité complexe du monde d’aujourd’hui à travers des situations extrêmes, miss en scène simplement mais sans compromis et très bien servis par ses interprètes, à l’écoute respectueuse de la singularité des langues, dense chez Prosa, concise et elliptique chez Bond.

De l’œuvre d’Edward Bond, Benedetti est familier. Il a monté bon nombre de textes du dramaturge anglais dans son Théâtre-Studio à Alfortville dont Existence qu’il reprend avec l’excellent Benjamin Jungers et Gilles David. Elles sont aussi deux comédiennes dans Lampedus Beach de l’auteure sicilienne Lina Prosa, mais cette fois en alternance ; Céline Samie a assuré la première représentation.

Une lumière solaire illumine la pièce italienne tandis que celle de Bond baigne dans une redoutable opacité. Pourtant, une ressemblance se dégage des deux pièces vues l’une à la suite de l’autre tant elles explorent les zones sombres, la violence, la dureté de la réalité contemporaine où l’horreur n’est jamais loin sans perdre de vue une belle et douloureuse humanité. Leur sujet ferait bien la une des faits divers, un cambriolage qui tourne au drame épouvantable chez Bond, le naufrage d’une jeune émigrée clandestine africaine dans une charrette vers la côte de Lampedusa chez Prosa, mais ne paraissent jamais banals ou sensationnalistes grâce à la force de l’écriture dramatique et de sa représentation.

Leur autre lien de parenté est la manière dont les auteurs poussent leur texte aux limites du représentable. Une gageure dont s’empare Benedetti qui l’emporte sans problème. Dans Lampedusa Beach, sa proposition renonce à toute forme de représentation. La comédienne entre de la salle et se présente à nous au bord de la scène, dans une proximité frappante, pour raconter l’histoire de son personnage, Shauba, partie au péril de sa vie pour gagner la rive d’une métropole occidentale dans l’espoir d’une vie prospère. Elle livre ses mots comme un passeur. Le visage fermé, le corps droit, inflexible dans son jeu et pourtant gagnée par une émotion palpable et bien visible mais jamais envahissante, Céline Samie donne simplement à entendre ce texte qui ébranle et n’en est que plus poignante.

La pièce de Bond adopte une forme plus hermétique mais qui fascine. Elle se déroule dans une obscurité quasi-totale. Un jeune homme force la porte d’un appartement et pénètre par effraction chez un homme solitaire et vulnérable qu’il bâillonne et attache à une chaise. Il cherche de l’argent, met à sac toute la pièce, s’agite et déploie une impressionnante et chaotique logorrhée comme une éructation hachée et agressive. Benjamin Jungers trouve la juste musicalité du texte, la tonicité, l’urgence, la brutalité, l’angoisse, la sidération de ses phrases inachevées et jetées abruptement face à Gilles David condamné au mutisme et aux gémissements pour seule réponse. On ne perçoit qu’à travers un fin rayon de lumière blanche les mouvements et agissements de l’acteur qui évolue dans un décor apparemment important en meubles et objets, (commode, lit, table, chaise, écran de télévision…). L’idée est aussi maline qu’efficace pour installer le spectateur dans un état d’intranquillité et d’insécurité, l’obligeant à scruter et deviner ce qui lui est empêché de voir tout en recevant de plein fouet l’incompréhensible et gratuite violence de la situation.

© Cosimo Mirco Magliocca

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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