Théâtre
« Certaines n’avaient jamais vu la mer », Richard Brunel donne corps au rêve américain des japonaises au Festival d’Avignon

« Certaines n’avaient jamais vu la mer », Richard Brunel donne corps au rêve américain des japonaises au Festival d’Avignon

21 juillet 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le directeur de la Comédie de Valence met en scène le roman de Julie Otsuka. C’est sa première fois à Avignon et c’est aux Carmes, dans une ambiance électrique, qu’il nous raconte cette histoire dramatique.

Nous sommes en 1907, des jeunes filles, « certaines étaient encore vierges », croient à des mensonges. Elles quittent leur village japonais pour l’Amérique, qu’elles veulent avoir et qu’elles auront ! « On », mais qui est ce on ? leur promet des maris élégants et fortunés. Il n’en sera rien.

Au commencement on doute. Les Carmes sont occultés par de grands panneaux blancs et les arcs du cloître fermés par des rideaux. Puis tout commence et comme le vent, les éclairs et le tonnerre, tout se lève. Le discours nous arrive de façon directe, elles racontent, mais aussi par vidéo où les visages pleine face nous disent les sous-textes : « Nous souffrions toutes ». La mise en scène est très douce, les éléments de décor sont mobiles et disparaissent dans les coursives. Les costumes, ultra soignés, nous font passer des tenues traditionnelles japonaises au cool américain.

On s’attache immédiatement à chacune et on deteste leurs mecs. Simon Alopé, Mélanie Bourgeois, Youjin Choi, Natalie Dessay, Yuika Hokama, Mike Nguyen, Ely Penh, Linh-Dan Pham, Chloé Réjon, Alyzée Soudet, Kyoko Takenaka et Haïni Wang font chorale sur cette scène où une douche vient les tremper avant que nous, nous soyons rattrapés par les éléments furieux. Les témoignages de leur triste vie manipulée nous attrapent. Mariages forcés, accouchements précaires, viols. Pendant vingt ans, elles ont d’abord été le jouet de leurs maris et de leurs patrons avant que l’Amérique ne les fasse disparaître, là encore forcées, après Pearl Harbor.

Brunel nous parle d’une disparition, symbolisée par les mouvements des décors. Par exemple, on voit les filles travaillant sur leur machine à coudre être avalées par les arcades. Cela fonctionne magnifiquement. Brunel lance les chiens, un méchant et un gentil, et nous transporte dans le passé avec talent. Mais la pièce aurait atteint le chef d’oeuvre s’il avait su l’arrêter au moment où il vide le plateau. Là, la disparition aurait été un KO. Mais un monologue de fin qui ne dit rien de plus que ce que l’image affirmait nous gâche un peu le plaisir.

Certaines n’avaient jamais vu la mer – Richard Brunel

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visuel © Jean-Louis Fernandez

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One thought on “« Certaines n’avaient jamais vu la mer », Richard Brunel donne corps au rêve américain des japonaises au Festival d’Avignon”

Commentaire(s)

  • bernard DEVOUCOUX BERNARD

    superbe représentation jeudi soir avec une grande fidélité au livre .Mise en scène très réussie sur un plateau très grand . Mille bravo à tous les comédiens .Excellente soirée pour nous quatre

    juillet 21, 2018 at 17 h 03 min

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