Théâtre
Brigitte Seth et Roser Montlló Guberna déploient des poncifs terre à terre à Chaillot

Brigitte Seth et Roser Montlló Guberna déploient des poncifs terre à terre à Chaillot

23 janvier 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Au Théâtre National de la danse, le célèbre duo s’attaque avec Family Machine aux racines des maux familiaux. Un sentiment de déjà vu qui s’enlise dans l’ennui.

Alors que l’on croit le spectacle fini, vient une sentence, un énième face à face artistes/public. L’une des comédiennes assène une banalité à l’image de toute la pièce : « Aimer, agir, ne sont pas des choses faciles ». Ce vide est à l’image de cette pièce de 1h20 qui livre un texte abscons sur l’idée de famille comme si ni Sartre, ni Lacan ni même récemment Les chiens de Navarre n’avaient plongé dans le sujet.

Il faut dire qu’au moment où Gertrude Stein publie The Making of American, nous sommes en 1925, et le livre est lui fini en 1911. Il est vrai qu’à ce moment là, les révélations sur les transmissions des névroses n’étaient pas encore toutes décelées. Et on peut s’interroger sur l’adaptation et la traduction de ce texte qui reste radical et expérimental. Il ne subsiste presque rien de la folie et du cubisme  de ce récit au plateau, seul le burlesque veut être souligné ainsi que la répétition. Seth vient d’ailleurs comme une transition entre les séquences dire « répéter répéter répéter » avec un petit roulement des doigts qui veut signaler la circularité des redites.

Sur le fond, breaking news, on apprend que l’on est toujours seul en famille, que la famille est toxique, et que l’amour parfois persiste. « Les souvenirs » survivent même aux morts. Et même, dingue, parfois on meurt jeune. Parfois même, avant d’avoir vécu. Tout est passé en revue ici, le déracinement, la filiation, la mort. Cette accumulation épuise. La pièce dans sa structure très théâtrale ne met pas en valeur les interprètes ( Jim Couturier, Louise Hakim, Théo le Bruman, Roser Montlló Guberna, Christophe Pinon, Brigitte Seth, Élise Vigier) qui doivent sans cesse passer du groupe en mouvement au monologue le plus souvent statique.

La compagnie Toujours après Minuit nous a habitué à des pièces structurées entre théâtre et danse ( Genre oblique, Coûte que coûte mais là, du sol du Sacre aux farandoles, les citations empruntées à Pina virent au plagiat.

Pourtant au cœur de ce néant, il y a des instants de beautés. Ils surviennent dans l’épure et le silence quand l’entrée en scène de Brigitte Seth (en Gertrude Stein) se fait comme dans les premiers Pommerat, avec un vrai noir de cinéma. Ou quand surgit un vrai pas de trois non figuratif, où l’idée d’amour, de liens et de haine se danse main dans la main dans un tourbillon.

On gardera de cette pièce une image très bauschiene, celle d’une danse pieds nus dans la terre petits chapeaux rouges sur la tête. Joli. Mais la bienveillance et le joli ne font pas bon ménage pour parler des structures familiales.

Visuel :Christophe Raynaud de Lage

Infos pratiques

Théatre Gérard Philipe
Comédie saint michel
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