Théâtre

Bella Figura, un boulevard chic et rance

Bella Figura, un boulevard chic et rance

24 novembre 2015 | PAR Christophe Candoni

Créée en mai dernier à Berlin, Bella Figura, la nouvelle pièce de Yasmina Reza, auteure adulée en Allemagne, est une commande de Thomas Ostermeier pour la Schaubühne dont il est le patron. Un choix étonnant pour celui qui montait autrefois des écritures contemporaines plus musclées allant de Lars Noren à Mark Ravenhill. Habitué à électriser génialement les grands textes du répertoire, comme en témoigne son tellurique Richard III de Shakespeare présenté récemment à Avignon, ses pièces d’intérieur (Maria Braun, The Little Foxes) croulent désormais sous les conventions d’un académisme qui se confirme ici plus encore.

Dans sa voiture parquée sur un terrain vague sableux, Boris a trop vite confessé à Andrea, sa maîtresse, au détour d’une conversation déjà houleuse, que c’est sa femme, Patricia, en déplacement professionnel, qui lui a recommandé le restaurant où il souhaite l’emmener pour dîner. S’en suit une scène de crêpage de chignon qui se clôt sur leur départ précipité. Sauf qu’en faisant marche arrière, la Peugeot aux phares pourtant bien allumés et aveuglants les premiers rangs renverse Yvonne, une vieille dame venue au même endroit pour fêter son anniversaire accompagnée de son fils Eric et de sa bru Françoise Ctte dernière n’est autre que la meilleure amie de la femme trompée pour qui elle prend immédiatement partie. C’est sur ces fondations bien épaisses que se déroulent (et s’enlisent) les prévisibles rebondissements d’un boulevard masqué.

Fidèle à son style léger et mordant, Yasmina Reza fait fuser les bons mots et les répliques assassines. Sous couvert d’une étude comportementale sans concession, elle fait son miel de tensions inutiles motivées par un minuscule détail, un mot ou un geste déplacé qui agace, et elle s’amuse de tout ce qu’il y a de moins glorieux, de plus complaisamment maladroit voire mauvais en l’être humain. Rien ni personne n’est épargné, sans aucune élégance ; les hommes sont forcément d’une lâcheté et d’un égoïsme confondants, les femmes, trop vite vieilles et rigides bien qu’encore séduisantes…

Thomas Ostermeier a beau être un surdoué de la mise en scène, son travail cette fois-ci paraît peu inventif et sans éclat. On a déjà vu mille fois ces salons froids et cossus qui tournent sur eux-mêmes. En redoublant de psychologisme et de sérieux, en imposant des longs silences et des projections psychanalytiques, il donne l’impression de ne pas assumer qu’il monte une simple comédie de théâtre bourgeois. A l’exception d’une étreinte torride dans des toilettes vitrés, ce qu’il réalise est sage et totalement plat.

Bien sûr les acteurs berlinois sont toujours brillants. Surtout Nina Hoss, hyper sensible, diablement insolente et sexy. Yasmina Reza a écrit le personnage d’Andrea pour elle. Un honneur peut-être. Mais la comédienne n’a malheureusement toujours pas endossé un grand rôle à sa mesure depuis son entrée à la Schaubühne il y a deux ans.

Entre plaisanterie et méchanceté gratuites, dérision et désespérance, les situations prétendument de crise que présentent Reza et Ostermeier passent en réalité pour bien anodines et dispensables.

Photo Arno Declair

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