Théâtre

Belgrade ou les ravages politiques et intimes de la guerre selon Angélica Liddell

Belgrade ou les ravages politiques et intimes de la guerre selon Angélica Liddell

10 octobre 2013 | PAR Christophe Candoni

A l’occasion de la reprise de Belgrade au théâtre de Vanves, on découvre une pièce inédite d’Angélica Liddell dans une proposition scénique se situant à l’opposé des performances rageuses et éructées de l’artiste mais tout aussi vibrante. La mise en scène de Julien Fisera passe peut-être pour trop timide dans sa représentation de la violence mais fait parfaitement entendre le désamour et le manque d’amour, les ravages politiques et intimes de la guerre. Ce beau texte est porté par de bons et sensibles comédiens dont l’excellent Vladislas Galard.

L’acteur interprète Baltasar, arrivé à Belgrade juste après la mort de Milosevic. Il travaille pour son père, éminent Prix Nobel et spécialiste des conflits balkaniques, en se procurant des informations qu’il recueille en allant à la rencontre d’habitants de la ville. En analysant la situation socio-politique en Serbie, c’est surtout sa propre découverte intime et identitaire qui est en jeu. Vladislas Galard, émouvant dans Petit Eyolf d’Ibsen (qui sera redonné à Vanves du 15 au 17 octobre prochains),  explore ici encore une fois une belle palette de sentiments et émeut dans le parcours initiatique de son personnage.

Belgrade est une pièce beaucoup moins agressive et bien plus poétique que les textes qui ont fait connaître Angélica Liddel en France au Festival d’Avignon. Encore que l’auteure sait se montrer virulente pour dire sans concession sa méfiance face aux occidentaux qui se donnent bonne conscience dans l’idéalisme et la compassion sans se soucier véritablement des victimes. Elle livre aussi une vision dure des liens familiaux et paternels en particulier qui paraissent dictatoriaux et destructeurs. Il manque parfois des images fortes et chocs dans la mise en scène de Julien Fisera pour restituer toute la violence et la crudité du propos. La scène entre Baltasar et son ravisseur par exemple en pâtit. En revanche, le jeune metteur en scène, très attentif à la parole, fait entendre les mots d’une manière sensible, grave et vibrante. La simplicité du décor mobile  aux couleurs grises de blockhaus évite toute grandiloquence et traduit bien l’enfermement des personnages dans leurs contradictions, leur errance puis la délivrance quand elle est possible. C’est tout en finesse et par petites touches délicates que Fisera montre la douleur de Liddell face au monde. Par conséquent, la pièce, écrite en 2008 et jamais montée jusqu’ici, trouve un réel impact émotionnel. Les acteurs y sont également pour beaucoup. Citons aussi Laurent Sauvage, toujours formidablement dense, et Julie Denisse, déchirante.

Photographie (c) Jean-Louis Fernandez

 

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