Théâtre

Avignon OFF « Orphelins » de Dennis Kelly dans une mise en scène contributive

Avignon OFF « Orphelins » de Dennis Kelly dans une mise en scène contributive

12 juillet 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

Le collectif La cohue s’est emparé du texte violent et sombre de Dennis Kelly, Orphelins, dans une mise en scène faussement décontractée. Le résultat est une admirable et novatrice expérience de proximité avec le récit.

Dennis Kelly est un auteur difficile. Son écriture naturaliste s’intéresse à la noirceur des hommes autant qu’à leur ambiguïté. L’auteur anglais de 50 ans s’est rendu célèbre et incontournable avec Débris, Orphelins, ou encore L’Abattage rituel de Gorge Mastromas traduit par le précieux Gérard Watkins.

Orphelins est l’histoire de nos ambivalences. Un soir, Liam, couvert de sang, interrompt un dîner chez sa sœur et son beau-frère. Le couple veut comprendre ce qui s’est passé, mais le récit du garçon est confus. Les certitudes de chacun vont lentement voler en éclats et l’intimité familiale se gangrener devant le poids de la responsabilité. Entre huis-clos étouffant et thriller à suspense, la pièce traverse et détricote les non-dits et les mensonges sédimentés depuis toujours entre les personnages. La tension est palpable. Julien Girard, Sophie Lebrun, Martin Legros, Céline Ohrel soutiennent le geste avec talent. Un bravo appuyé à Céline Ohrel, si juste dans son incarnation de l’équivoque triste. La scénographie est redoutable d’efficacité pour rendre cette tension. Le dispositif en tri-frontal où une régisseuse narratrice, deus ex machina, nous prévient du récit, des enjeux et des didascalies, réussit à fabriquer une épaisseur dans la pliure du temps et dans les psychés des personnages.

La mise en scène restitue pour toutes ces raisons l’esprit de la pièce. Cet esprit qui ne veut comprendre ni juger, car dans Orphelins, les personnages sont en même temps beaux et laids. Ils sont sans excuse car la question d’excuser n’est pas le propos. Le propos poindra après la représentation.

Une jolie façon pour le festivalier de commencer sa soirée. 

 

ORPHELINS

de Dennis Kelly

Metteuse en scène : Sophie Lebrun
Metteur en scène : Martin Legros
Interprète(s) : Julien Girard, Sophie Lebrun, Martin Legros, Céline Ohrel

11 • GILGAMESH BELLEVILLE

à 20H35

11, bd Raspail
84000 – Avignon 

Visuels : © Virginie Meigné.

Infos pratiques

Musée d’art moderne de Troyes
Cité du vin
David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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