Théâtre
[Avignon Off] Olivier Dutilloy, absolument great

[Avignon Off] Olivier Dutilloy, absolument great

07 juillet 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

The Great Disaster est un chef d’oeuvre. Voilà c’est dit, c’est fait. Anne-Laure Liégeois (Compagnie Le Festin) met en scène l’incroyable Olivier Dutilloy pour une performance qui a vu le jour au Volcan (Le Havre) et qui nous entraîne dans la vie de Giovanni Pastore, l’homme qui a perdu sa vie pour sauver 3.177 petites cuillères. Il nous rappelle que l’on « ne perd que ce que l’on a » et c’est à voir absolument à La Manufacture à 10h50.

[rating=5]

 

 

 

 

 

 

Olivier Dutilloy se tient droit et raide devant nous. Il est concentré, semble flotter. D’un coup il ouvre les yeux et attaque : « Et tout finira ainsi ». Il sera pendant prés d’une heure l’homme statue dont seul le visage sera vivant. Il est un plongeur ne sachant pas nager. Il est né dans la région du Frioul et reste très collé à la Mama. Un jour de fil en aiguille il embarque comme laveur de petites cuillères sur le Titanic.
L’homme qui nous parle, Giovanni Pastore alias Jean Berger ne sera jamais John Shepard. Il a coulé le le 14 avril 1912 à 23h40. C’est un mort. Il raconte sa vie de petit italien qui rêvait d’Amérique et nous voilà happés, saisis par la distance de ce texte qui pourrait être mélo  mais qui est servi ici dans une forme extrêmement pointue et radicale.

Sous un plafond de néons, Olivier Dutilloy, les cheveux hirsutes, semble vidé de son corps, et à bien le fixer pendant tout le temps de la performance, son visage semble flotter. « On ne perd que ce que l’on a ». Lui n’avait pas grand chose à part l’espoir immense et une volonté sans faille de sortir de sa bergerie. Il nous apparaît fou, obsédé par les chiffres. Son récit dont l’issue est fatale dès la première seconde nous raconte surtout les affres du racisme et les aléas des intégrations subies et consenties. Lui, condamné à dire pour l’éternité, devient le porte-voix de ceux qui contrairement aux petites cuillères ne comptent pas.

La direction d’acteur d’Anne-Laure Liégeois est ici de la haute orfèvrerie. Physiquement, ce geste-là fait d’une immobilité sans faille s’approche de la danse. Le corps vient ici dire les impossibilité à survivre à ce qui nous dépasse. Un bateau où le luxe ne voulait pas voir les troisièmes classes. Un bateau qui ne devait pas couler.

Le tout forme un bijou de jeu à ne pas rater.

Visuel : © Anne-Laure Liégeois.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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