Théâtre

Avignon Off : La mort sera à jamais la compagne des Bacchantes, de leur naissance à leur rencontre avec Orphée

Avignon Off : La mort sera à jamais la compagne des Bacchantes, de leur naissance à leur rencontre avec Orphée

25 juillet 2018 | PAR Magali Sautreuil

« Ô femme, ton sexe n’est pas faible, il ne l’est qu’à trop suivre la règle ! » Ainsi libérées de leurs entraves, certaines Thébaines devinrent des Bacchantes. C’est leur histoire que nous raconte Imago des Framboisiers avec les deux premiers volets de sa trilogie : « La naissance des Bacchantes » et « Orphée et les Bacchantes ».

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Les Bacchantes étaient autrefois de simples Thébaines, des mères, des filles et des sœurs, destinées à fonder et à s’occuper d’un foyer. Mais un jour, le dieu Bakkhos sema le trouble dans leur esprit en déclarant que leur obéissance aveugle envers les hommes était la cause de leur faiblesse et de leur dépendance. Suite à sa venue, certaines décidèrent de s’affranchir de leur emprise. Ironie du sort, elles revendiquèrent leur liberté, conformément à la volonté de Bakkhos, sans se demander si elles pouvaient réellement lui faire confiance. Après tout, même si c’est un dieu, il est lui aussi un homme…

Ruses et trahisons accompagneront l’émancipation de ces femmes en quête d’identité. Comme dans tous nouveaux groupes en proie au doute, des conflits apparaissent, notamment entre Agavé, une mère gorgée d’illusions, et sa fille, Urcydie, qui a déjà avalé toutes les siennes.

Au fil de la pièce, le caractère d’Urcydie s’affirme et se révèle. Mais son ambition et ses tendances psychopathes n’atteindront leur apogée que dans le second volet de cette trilogie. Dépourvue d’humanité depuis que son frère Panthée l’a violée, Urcydie n’est que vengeance, un monstre assoiffé de sang. Elle est l’un des personnages les plus intéressants de cette pièce avec Orphée.

Ce dernier est à la fois objet de désir et de haine chez les Bacchantes, peut-être parce que sa voix et sa musique ne peuvent toucher que ceux qui doutent, et que par conséquent, cela signifie qu’elles ne sont pas sûres de leurs choix. Malgré leurs tentatives de séduction, Orphée demeure parfaitement insensible à leurs charmes. En revanche, dès qu’il aperçut pour la première fois Eurydice, il en tomba éperdument amoureux, risquant ainsi le courroux d’Urcydie et courant à sa perte.

L’histoire des Bacchantes gagne en intensité tout au long du spectacle. Aussi, même si les deux pièces sont présentées indépendamment au festival off d’Avignon, elles doivent absolument être vues ensemble. En effet, cela permet de mieux se rendre compte et d’apprécier davantage l’évolution des personnages et de la mise en scène. L’écriture est le réel point fort de ce spectacle.

Le décor et les costumes, volontairement classiques, nous renvoient au temps de l’ancienne Grèce. Le premier n’a rien de transcendant, mais les seconds sont faits avec une grande réflexion et attention.

Par contre, on ne sait que penser du maquillage exagéré de certains personnages. Est-ce une référence au théâtre antique, à une farce ou encore aux peintures guerrières ? On ne saurait dire.

Autre bémol, les transitions entre les différentes saynètes sont parfois un peu brouillonnes : musique qui se coupe brusquement, entrées et sorties des personnages trop visibles… Celles-ci s’amélioreront sûrement au fil des représentations et en fonction des lieux où la troupe se produira.

En tout cas, la cruelle histoire des Bacchantes, racontée pour une fois du point de vue des femmes, mérite d’être découverte !

https://www.youtube.com/watch?v=0k7r7cCq5NU

Informations pratiques :

La naissance des Bacchantes, suivie d’Orphée et les Bacchantes, texte et mise en scène d’Imago des Framboisiers, présentés dans le cadre du festival Off d’Avignon, du 6 au 29 juillet 2018, relâche les mardis, respectivement à 13h00 et 14 heures 25, au théâtre Au Chapeau rouge. Durée : 1 heure 15 et 1 heure 10.

Visuel : © Affiches officielles

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Magali Sautreuil
Formée à l'École du Louvre, j'éprouve un amour sans bornes pour le patrimoine culturel. Curieuse de nature et véritable "touche-à-tout", je suis une passionnée qui aimerait embrasser toutes les sphères de la connaissance et toutes les facettes de la Culture. Malgré mon hyperactivité, je n'aurais jamais assez d'une vie pour tout connaître, mais je souhaite néanmoins partager mes découvertes avec vous !

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