Théâtre

Avignon Off : « Madame Fouquet », qu’il est dur d’être Cassandre…

Avignon Off : « Madame Fouquet », qu’il est dur d’être Cassandre…

20 juillet 2018 | PAR Magali Sautreuil

« Jusqu’où ne montera-t-il pas ? » La devise de Nicolas Fouquet lui promettait certes un bel avenir, mais semblait également lui annoncer qu’un jour, tel Icare, il se brûlerait les ailes. C’est ce que pressentait son épouse, Marie-Madeleine, « Madame Fouquet » et c’est à travers son regard que la pièce nous invite à redécouvrir cette tragédie.

Nicolas Fouquet est présenté comme un homme à la fois jalousé, détesté et courtisé, prêt à tout risquer pour mieux triompher. Vaniteux et pêchant par orgueil à trop chérir la gloire, il ne se rend absolument pas compte qu’il risque de porter ombrage au roi : « On n’impressionne pas un monarque. Toute démarche en ce sens le rendrait certainement jaloux et revanchard ».

Si seulement il avait écouté sa femme, se dit-on. Témoin impuissant de la tragédie qui se déroule sous ses yeux, elle pressent que les intrigues de la Cour finiront par causer la perte de son mari…

La lucidité de Marie-Madeleine, Nicolas la considère comme une faiblesse. Cela l’agace même. Comment pourrait-il d’ailleurs la prendre au sérieux ? Elle n’est qu’une jeune femme de 25 ans, alors que lui est le surintendant des finances de Louis XIV, un homme de 46 ans, fort de son expérience, un homme à la réussite insupportable qui en savait beaucoup trop sur tout le monde…

C’est là tout le paradoxe et le drame de ce couple. Comme Cassandre, elle devine le malheur qui va s’abattre sur eux, alors que son mari est littéralement aveuglé par ses désirs de gloire et son ambition dévorante qui n’ont d’égal que celles de son rival Colbert. Mais elle l’aime, même s’il lui est infidèle, et le suivra jusqu’au bout.

Madame Fouquet n’est donc en rien une jeune femme blonde écervelée. Si sa jeunesse la fait s’enthousiasmer pour un rien et se montrer parfois impertinente, ses remarques et ses réflexions sont on ne peut plus pertinentes. Sous son masque juvénile, se cachent une force et une maturité que l’on acquiert uniquement lorsque l’on est amené à mûrir avant l’heure…

C’est à travers le prisme de leur couple que l’on prend plaisir à redécouvrir l’histoire de Nicolas Fouquet.

Malgré les ors et les fastes du XVIIème siècle, suggérés par les costumes et le décor d’époque, les époux qui se tiennent devant, dans l’intimité de leur maison de Saint-Mandé, semblent hors du temps. Leurs moments de complicité, leurs scènes de ménage, les crises de jalousie de Marie-Madeleine, les absences et les mensonges de Nicolas, tout cela est propre au couple, d’hier comme d’aujourd’hui. À travers leurs conversations, nous partageons donc leur intimité et leur quotidien. L’Histoire prend ainsi une autre tournure. Elle prend corps et nous donne à voir, non pas des personnages, mais un homme et une femme qui nous ressemblent. La tragédie qui les touche n’en devient alors que plus émouvante.

Sur scène, un signe semble annoncer le désastre qui les guette : une roue partiellement dorée et rayonnante. Serait-ce le symbole du destin qui tourne ? Du voyage et des nombreux déplacements de Nicolas ? Du soleil, l’emblème de Nicolas Fouquet, qui deviendra, ironie du sort, celui du roi soleil Louis XIV, qui s’appropria également tous les artisans qui ont œuvré au château de Vaux-le-Vicomte ? Peut-être est-ce tout cela à la fois, mais une chose est sûre, vous ne verrez plus jamais l’histoire de Fouquet du même œil.

Informations pratiques :

Madame Fouquet d’Anne de Caumont la Force, mise en scène par Daniel Besse, avec Daniel Besse et Anne Richard, présenté dans le cadre du festival Off d’Avignon, du 6 au 29 juillet 2018, relâche les lundis, à 20 heures 45, au théâtre du Roi René, dans la salle du roi, 4 bis rue Grivolas, 84000 Avignon. Durée : 1 heure 15

Visuel : © Affiche officielle

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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