Théâtre

Avignon Off : Le grenier de Babouchka donne au « malade imaginaire » de Molière une seconde jeunesse

Avignon Off : Le grenier de Babouchka donne au « malade imaginaire » de Molière une seconde jeunesse

18 juillet 2018 | PAR Magali Sautreuil

« Le malade imaginaire » de Molière, un classique, n’est plus à présenter au point de se demander s’il peut encore nous surprendre. Et bien oui, il le peut, ou du moins, Le grenier de Babouchka le peut dans la version qu’il présente en ce moment au théâtre du Roi René, durant le festival Off d’Avignon. Tout en respectant l’œuvre de Jean-Baptiste Poquelin au cours de laquelle il a rendu son dernier souffle, le metteur en scène Jean-Philippe Daguerre parvient à la moderniser avec une énergie folle et un humour féroce !

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Pour seul et unique élément de décor : un fauteuil doré à haut dossier, avec tablette, boulier et klaxon intégrés. N’a-t-on jamais vu pareil fauteuil de malade ? Si l’on en juge par le comportement d’Argan, un hypocondriaque notoire qui pique des crises pour un rien, on pourrait le confondre avec une chaise haute pour bébé. Trônant au milieu de la salle et tournoyant parfois sur lui-même à ses dépens, notre malade imaginaire aux allures de tyran cherche à être au cœur de toutes les attentions et croit régenter tout son petit monde… S’il savait…

À cause de sa crédulité sans commune mesure, de nombreux vautours gravitent autour de lui, à commencer par ses médecins et apothicaires, des charlatans de premier ordre vêtus comme des clowns, d’un long manteau noir à boutons et d’un chapeau conique. L’un d’entre eux, à l’accent slave, joue de la clarinette. Tel le joueur de flûte d’Hamelin, il essaie peut-être, avec son instrument, de soumettre ses interlocuteurs à sa volonté, afin qu’ils prennent ses préconisations comme paroles d’Évangiles. Mais il peut aussi faire retentir le « pin-pon » des pompiers en cas de nécessité.

Heureusement, Toinette, la domestique, est là et veille au grain. La pendarde, lucide sur la situation ubuesque dans laquelle se trouve son maître, n’hésite pas à lui rentrer le lard et à le faire tourner en bourrique. Insolente, elle enrage et s’amuse en même temps de l’imbroglio dans lequel se trouve empêtré Argan.

Avec une femme qui le traite comme son fils dans l’attente de sa mort, ce dernier a bien besoin d’une alliée. Surtout qu’ainsi materné, avec son bonnet de nuit et robe d’intérieur, il ressemble à s’y méprendre à un petit garçon sans défense. Le comble du ridicule pour un vieillard de son âge.

Pour le protéger de lui-même et de certaines personnes de son entourage, il peut aussi compter sur sa fille Angélique. Même si la jeune femme est plutôt émotive et sujette aux évanouissements, elle n’hésitera pas à tenir tête à sa belle-mère lorsqu’elle l’accusera d’être une veuve noire. Cette scène est d’ailleurs assez bien construite, avec les deux femmes debout, face à face, de part et d’autre du fauteuil dans lequel est assis notre malade. Celle-ci est d’autant plus forte qu’elle traduit parfaitement l’impuissance et la non-compréhension d’Argan de ce qui se trame réellement dans sa maison.

Preuve de la perte totale de libre-arbitre de ce dernier, il est prêt à donner sa fille en mariage à un certain Diafoirus pour avoir un médecin dans la famille sous le coude. Or, ce garçon, « qui n’a point de méchanceté en lui et à l’imagination peu vive (ce qui est un euphémisme) », a l’air d’un simple d’esprit. Son maintien et son expression figés le font ressembler à un automate, qui réciterait une leçon apprise par cœur. On a peine à croire qu’un être comme lui puisse devenir médecin. On en vient même à se demander s’il est humain ou bien fabriqué en caoutchouc ! En effet, à chaque fois que Cléante, l’amant d’Angélique, le fait tomber, il se relève à l’identique, ce qui est drôle et rappelle les jouets montés sur ressort qui jaillissent de leurs boîtes quand nous les ouvrons.

Cet humour, c’est ce qui constitue la force de cette version du Malade imaginaire. Si les costumes, le phrasé et le texte renvoient à l’époque de Molière, les attitudes des personnages, leur familiarité, leur gestuel, les modulations de leur voix inhabituelles pour le XVIIème siècle, leurs mimiques et leurs onomatopées sont résolument modernes.

Seule Louison, la petite sœur d’Angélique, fait exception. Rebelle, cheveux courts, blonds, ébouriffés, robe d’époque arrangée selon ses goûts, attitude nonchalante, elle parle comme une racaille. En somme, c’est une adolescente bien d’aujourd’hui !

Ce sont toutes ces petites pointes d’humour, à la fois dans la gestuelle des comédiens et dans la mise en scène, qui redonnent vie au Malade imaginaire de Molière. Elle l’actualise, revisite ce classique du théâtre avec finesse et énergie, tout en respectant l’œuvre d’origine et en accentuant son aspect comique.

Le Malade imaginaire du grenier de Babouchka, qui a d’ailleurs été nommé aux Molières 2018 « meilleur spectacle jeune public », est décidément une valeur sûre.

Informations pratiques :

Au Festival Off d’Avignon, du 6 au 29 juillet 2018, jours pairs, à 12 heures 20 au Théâtre du Roi René ; Durée : 1 heure 25 sans entracte.

Visuel : ©Afficheofficielle

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaixphoto : maxime dufour photographies.

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