Théâtre

[Avignon Off] « Filiations » tisse le fil familial des douleurs coloniales

[Avignon Off] « Filiations » tisse le fil familial des douleurs coloniales

22 juillet 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

« En fait j’aimerais bien que ce ne soit pas un spectacle », mais quoi alors Benjamin ? Tu veux que ce soit quoi ? Un témoignage visiblement, personnel, très personnel, scéniquement et dramaturgiquement quasi parfait.   » Filiations ou Les enfants du silence « , mise en scène Karim Hammiche est une plongée psychanalytique dans les méandres des manques familiaux.

[rating=4]

Cinq comédiens jouent avec leur nom. Ils déclament leur blase comme en préférence : nom, prénom, date et lieu de naissance. Pour Anne, Eric et Benjamin, ça va vite, mais pour Leïla et Karim c’est plus « compliqué » comme dirait un fonctionnaire zélé au bureau du renouvellement des passeports et cartes d’identité.

Nous allons plonger dans deux histoires personnelles, réelles, tellement fortes et tellement pleines d’images qu’elles sont absolument théâtrales. La bande des cinq est intelligente. Ils s’amusent, coupent le spectacle, veulent que « ça respire » même si ça  ne veut rien dire. Mais si ça veut dire ! Il faut respirer et profondément pour oser quitter un père englué dans une culture archaïque et faire sa vie, en jupe courte et cheveux libres. Il faut respirer profondément pour enterrer son père à 15 ans et traîner avec soi la difficile relation que la France entretient avec sa mémoire coloniale.

Lëila est (un peu) originaire de Djibouti et Karim lui, est fils de Harki.  Eux deux sont confrontés à des identités insolubles dans la France de l’administration. Eux deux sont confrontés à des secrets et à des mensonges de familles lourds à digérer.

Ils évoluent dans un décor fait d’un panneau transparent qui sera le support aux mots pour dire les choses et d’une voile de bateau devenant écran de cinéma. Ils parlent, jouent de la musique, slamment. Ils nous touchent en plein cœur en amenant sur le plateau leurs histoires à eux, si archétypales de toutes les histoires d’exils.

Pour ne rien gâcher au plaisir, les comédiens sont tous particulièrement bons, même si , avouons le, notre coup de cœur va à la foutraque Anne Davienne, parfaite en médecin québécois comme en dame à lunettes derrière son pupitre.

A voir vite !

Visuel : ©Karim Arab

Retrouvez le Dossier Festival d’Avignon 2014 de la rédaction.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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