Théâtre
[Avignon Off] « D’un retournement l’autre », ou comment parler Crise avec plaisir, sérieux, et talents conjugués

[Avignon Off] « D’un retournement l’autre », ou comment parler Crise avec plaisir, sérieux, et talents conjugués

14 juillet 2015 | PAR Geoffrey Nabavian

Après la Maison des métallos, l’Aquarium, le Monfort ou l’Européen, la « comédie sérieuse sur la crise financière » de l’économiste Frédéric Lordon débarque en Avignon pour la deuxième année, en cet été 2016. Mise en scène par Luc Clémentin, elle a gagné en tenue depuis sa création il y a quatre ans. En excellent équilibre entre humour et diatribes plus sérieuses, elle nous entraîne dans un monde de finance pourri, où se cachent aussi d’autres idées, à entendre…

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D'un retournement l'autrePour écrire son texte D’un retournement l’autre, Frédéric Lordon, économiste intervenant régulièrement sur les ondes radio, ou lors des Nuits debout, a fait le choix de l’alexandrin. Quatre ans après la création de sa pièce, à Paris, ce n’est pas tant le côté classique, ou inattendu, de la langue, qui frappe, mais plutôt les mots choisis. De façon simple, notre auteur place des concepts à des endroits-clés. Et la troupe réunie par Luc Clémentin – signataire, cette année, du brillant Cadres noirs – qui a, avec le temps, acquis l’intelligence de ce texte, nous permet fort bien de nous représenter ces idées théoriques.

D’un retournement l’autre se situe dans la dernière décennie, alors que commence la crise des subprimes, et que Nicolas Sarkozy « règne » en France. Bien sûr, la représentation de notre homme, dans le texte, est ultra bouffonne. Mais elle s’oppose à des scènes plus sobres, dans lesquelles les concepts résonnent. Des scènes tendues, où la troupe d’acteurs amène ses personnalités dans l’écriture de Lordon. Une banque chute, des patrons vont demander le secours de l’Etat, qui met l’accent sur le retour des liquidités. Et les banques de repartir, mais…

En ce mois de juillet, à Avignon, la pièce atteint à l’équilibre parfait entre plaisir et volonté de proposer d’autres idées. Lorsqu’un banquier en faillite (Gérald Cesbron) se confronte à ses concurrents pas vraiment mieux lotis, on guette le danger qui menace. Lorsque Luc Clémentin, dont le personnage représente plus ou moins Lordon lui-même, prend un ton sérieux, on écoute. Les mécanismes d’aide entre banques et Etat nous passionnent. Et on ne se met pas à croire à la thèse proposée : on la reçoit, pour la questionner.

On peut préciser, par ailleurs, qu’on rit beaucoup. Car ces figures présentées sont humaines. On remercie, à ce titre, tous les comédiens, de se situer si bien entre humour et envie d’interpeller. Cette seconde aventure avignonnaise, qui dure jusqu’au 16 juillet, est un très bon moment de l’histoire de ce spectacle. Profitez-en.

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D’un retournement l’autre, de Frédéric Lordon. Mise en scène de Luc Clémentin. Avec Simon Bellahsen, Didier Boulle, Gérald Cesbron, Luc Clémentin, Gaëtan Gallier, Loïc Risser, Stéphane Valensi. Avec Alexandrine Monnot au chant. Création Sonore : Coraline Janvier. Création et régie Lumière : Mathieu Bouillon. Administration : Marie Maillard. Assistante Communication : Mélissande Boyer. Durée : 1h15.

[Distribution Avignon 2015 : avec Pierre-Alain Aubry, Simon Bellahsen, Didier Boulle, Gérald Cesbron, Luc Clémentin, Loïc Risser, Stéphane Valensi, Alain Veniger. Avec Alexandrine Monnot au chant, et Léa Gerber au piano.]

A voir à 10h45, à la Chapelle Notre Dame de la Conversion, du 8 au 16 juillet. Réservations : 06 25 53 45 35.

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Visuel : © Compagnie Ultima Chamada

Retrouvez tous les spectacles du Festival dans notre dossier Avignon 2016

Retrouvez tous les spectacles du Festival précédent dans notre dossier Avignon 2015

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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