Théâtre
[Avignon Off] « A plates coutures », du théâtre social et musical

[Avignon Off] « A plates coutures », du théâtre social et musical

18 juillet 2015 | PAR Audrey Chaix

Dans une usine de lingerie, quatre femmes se préparent à apprendre la mauvaise nouvelle : leur atelier va bientôt fermer. Inspirée par l’histoire des ouvrières de Lejaby, Carole Thibaut signe ici un texte plein de vie et de rage, souvent drôle, émouvant aussi, mais sans pathos. Mise en scène par Claudine Van Beneden, qui interprète aussi l’une des quatre femmes de À plates coutures, la pièce donne la parole à ces ouvrières qui n’ont cessé de se battre, avec courage et avec dignité, pour conserver leur travail, mais aussi leur identité. 

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À plates coutures a été écrit par Carole Thibaut (artiste associée au Théâtre du Nord et bientôt directrice du CDN de Montluçon) à partir de témoignages des ouvrières de Lejaby au moment de la fermeture de leur atelier de confection, en 2010. Dans cette mise en scène de Claudine Van Beneden, quatre femmes sont sur scène, et un homme (Simon Chomel) apparaît dans l’ombre, sur une estrade en fond de plateau, pour jouer la musique en direct et interprété les quelques hommes qui croisent leur chemin. Et tout commence comme un spectacle de revue, malgré les corps normaux de ces quatre femmes qui sont loin d’avoir les formes parfaites des danseuses du Moulin Rouge : clin d’œil à l’utilisation finale de la lingerie qu’elles confectionnent, et qui est destinée à rendre les femmes plus sexy … alors qu’on se soucie à peine du destin des ouvrières une fois leur outil de travail détruit.

Elles sont quatre, et autant de façons de réagir différentes : il y a la déléguée syndicale, qui, voyant que la discussion ne mène à rien, accepte la grève, puis l’occupation des ateliers. Il y a la timide, qui aurait pu faire des études mais s’est retrouve enceinte à 18 ans, l’écervelée attachante, la bourrue … toutes racontent l’histoire d’une espèce en voie de disparition, les ouvrières, qui savent bien qu’elles travaillent comme des bêtes pour un salaire de misère, mais qui savent aussi que leur emploi, c’est leur indépendance et leur dignité.

La mise en scène leur fait à chacune la part belle, avec des scènes d’ensemble revigorantes, où le piquet de grève se transforme en music hall, et des instants plus intimistes, avec des dialogues qui parfois paraissent un peu faciles, mais qui touchent aussi beaucoup avec des mots très émouvants, loin de tout cliché.

Entre le boulevard et le théâtre militant, À plates coutures est une pièce qui donne à réfléchir alors que les fermetures d’usine se font légion dans une France qui se désindustrialise. À voir, et à méditer.

À plates coutures, de Carole Thibaut. Mise en scène de Claudine Van Beneden. Avec Angeline Bouille, Barbara Galtier, Chantal Péninon, Simon Chomel, Claudine Van Beneden. Assistant à la mise en scène : Raphaël Fernandez. Régisseur son : Simon Denis. Régisseuse lumière : Clémentine Gaud. Durée : 1 h 20. À 12 h au Théâtre du Roi René. Jusqu’au 26 juillet.

Retrouvez tous les spectacles du Festival dans notre dossier Avignon 2015. 

Photos : © Céline Zug

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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