Théâtre

Avignon OFF 2019 : « Orphelins », une première pièce exigeante pour une jeune compagnie

Avignon OFF 2019 : « Orphelins », une première pièce exigeante pour une jeune compagnie

18 juillet 2019 | PAR Magali Sautreuil

Créée en 2019, la jeune compagnie Navaquesera a tenté pour la première fois le festival off d’Avignon avec une nouvelle pièce, Orphelins, de Dennis Kelly. Un pari audacieux et assumé, porté par la passion et l’enthousiasme des membres de la troupe.

 

Toute la Culture : Orphelins est la première pièce que vous présentez au Festival OFF d’Avignon. Qu’est-ce qui vous a incité à participer à ce festival ? Comment avez-vous préparé l’aventure avignonnaise ? Que pensez-vous du festival ? 

Caroline Marcos: J’ai « rencontré » le Festival d’Avignon il y a deux ans, en dépannant des amies qui avaient besoin d’une régisseuse pour leur spectacle. Je ne suis pas du tout régisseuse, mais j’étais friande d’aventures et j’ai passé un mois de juillet merveilleux. J’ai ainsi vécu deux festivals en tant que régisseuse, ce qui m’a permis de bien connaître les mécanismes de celui-ci, afin de préparer au mieux l’arrivée de ma première mise en scène. Je trouve ce festival formidable ! Il permet à de jeunes compagnies de faire découvrir leur spectacle, mais aussi de rencontrer des professionnels, des futurs collègues et surtout des personnes fantastiques !

Toute la Culture : Pourquoi avoir choisi ce texte de Dennis Kelly ? Qu’est-ce qui vous a plu chez un auteur aussi noir ? 

Caroline Marcos : En 2018, je préparais le concours d’entrée du Conservatoire national d’art dramatique avec l’aide de mon ami Antonin Chalon (qui a réalisé la direction d’acteurs d’Orphelins), je cherchais une pièce contemporaine et je me souvenais avoir vu des amis travailler la première scène d’Orphelins, qui m’avait marquée. J’ai relu la pièce et ce fut une évidence : je voulais la mettre en scène et y interpréter le rôle d’Helen. Dennis Kelly a une écriture très noire en effet, mais il parvient surtout à faire entendre des choses terribles (embrigadement de la jeunesse dans le djihadisme, le racisme et la violence engendrée par un sentiment d’exclusion), avec un humour subtil et cynique anglais qui me plaît beaucoup. J’ai également souhaité monter cette pièce car j’adore les films/pièces, où la psychologie et les principes des personnages sont mis à l’épreuve et en danger. 

Toute la Culture : Comment avez-vous cherché à rendre palpable la tension entre les personnages et le poids des non-dits ? Quels étaient pour vous les enjeux de la mise en scène et de l’adaptation ?

Caroline Marcos : Les enjeux de ma mise en scène étaient de faire entendre chaque mot du texte, que rien n’échappe au spectateur. Une scénographie épurée m’a permis de ne pas étouffer la situation. Je voulais que le spectateur sente le danger extérieur, tout ce qui se passe est raconté, mais jamais montré. Dans la pièce, mon mari et moi dînons pour célébrer une belle nouvelle, jusqu’à l’arrivée de l’élément perturbateur : mon frère, Liam, couvert de sang. Plus nous découvrons l’implication de Liam dans « l’accident », plus le sang qui le recouvre salit le décor mais, surtout, les autres personnages. Je souhaitais également éprouver les limites des liens familiaux, de la loyauté intrinsèque d’une famille. 

Toute la Culture : En quoi la pièce nous parle du monde d’aujourd’hui et de notre rapport à l’autre ?

Caroline Marcos : La pièce parle de la violence qui découle d’un sentiment d’abandon. Elle ne juge pas, elle montre. Elle témoigne d’une jeunesse oubliée, souffrante. Je pense qu’il est important aujourd’hui de comprendre ce qui pousse des jeunes à commettre des crimes terribles qui procèdent de pensées radicales… afin, peut-être, de réfléchir à une solution, plutôt qu’à une punition. Le rapport à l’autre est construit sur la peur de l’autre dans Orphelins. Je m’interrogeais sur ce que ce sentiment pouvait engendrer.

Toute la Culture : Pourriez-vous nous présenter votre compagnie (création, valeurs…), ainsi que vos projets à venir ?

Caroline Marcos : J’ai créé la compagnie Navaquesera en janvier 2019. Orphelins est son premier spectacle. J’espère qu’il sera beaucoup vu et entendu. Puis je réfléchirai à une prochaine création, avec mes formidables acteurs, Augustin Bouchacourt et Maxime Boutéraon. 

Orphelins, de Dennis Kelly, mis en scène par Caroline Marcos, présenté dans le cadre du Festival OFF d’Avignon, à la Factory, théâtre de l’Oulle, salle Tomasi, du 5 au 28 juillet 2019, à 11 h 30. Relâche les 9, 16 et 23 juillet 2019. Durée : 1 h 15.

Visuel : Affiche officielle

 

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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