Théâtre

« Arctique », une fable vengeresse et trop amère d’Anne-Cécile Vandalem au Festival d’Avignon

« Arctique », une fable vengeresse et trop amère d’Anne-Cécile Vandalem au Festival d’Avignon

23 juillet 2018 | PAR Eriksen

Après Tristesses en 2016, Anne-Cécile Vandalem poursuit au Festival d’Avignon son cycle sur les échecs de l’humanité. Elle met en scène une fable vengeresse où des individus tous plus ou moins coupables d’incurie écologique se trouvent piégés dans un vaisseau fantôme errant dans l’océan Arctique.

L’Arctic Serenity est un bateau maudit depuis son premier voyage en 2017, marqué par un attentat  et une catastrophe écologique suite à la percussion d’une plate-forme pétrolière. Le cynisme de son nom n’a d’égal que celui de son but : exploiter les voies navigables opportunément ouvertes pas la fonte de la banquise. En cale sèche depuis lors, le navire sans moteur est remorqué en 2025 dans l’océan Arctique, avec à son bord une ancienne première ministre (Veronique Dumont), son conseiller (Philippe Grand’Henry), la veuve d’un homme d’affaires (Mélanie Zucconi), un journaliste (Jean-Benoit Ugeux), un commandant de bateau (Guy Dermul), une activiste écologique repentie (Zoé Kovacs) et une jeune fille (Epona Guillaume).

La moitié de l’action se passe sous nos yeux dans la salle de réception de l’Arctic Serenity, et l’autre moitié dans les coursives du navire, filmées en direct dans une partie cachée de la scène. Des conventions théâtrales permettent habituellement de faire comprendre l’existence de plusieurs lieux sur une même scène, et il faut donc voir dans la nécessité ici de la vidéo une volonté ou un désir de dévoiler le caché, et/ou une allégeance au tropisme préférentiel du spectateur du 21e siècle pour les écrans. Le procédé a cependant ses écueils : la lisibilité et le surjeu. Le cadrage serré et agité ne permet pas toujours de reconnaitre les personnages et les actions. Les acteurs n’adaptant pas leurs jeux entre théâtre et cinéma, un surjeu dans la part cinéma fait disparaitre l’effet de réel que procure la caméra fébrile. Difficile dans ces conditions d’apprécier un spectacle vivant dont 50% de l’action se passe sur l’écran.

Dans la part théâtrale se déroule dans une lumière grise et bleutée d’aquarium. Les personnages y sont froids, égoïstes et venimeux, y compris le journaliste, qui tient avec une méticulosité comique la chronique de leur punition. Dans cette ambiance glauque, un groupe de Rock irréel, l’Arctic Serenity band, semble exprimer la  conscience douloureuse de la jeune fille, pratiquement muette au milieu de ces bandits officiels et officieux. Elle seule est pure.

La juxtaposition de cette pureté avec la vengeance et la punition radicale, ajoute de l’effroi à un spectacle déjà glacial et amer.

Arctique : Texte et mise en scène Anne-Cécile Vandalem. La Fabrica du 18 au 24 Juillet.

Crédits photos : ©Christophe Engels

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