Théâtre
[Avignon OFF] Les Vibrants d’Aïda Asgharzadeh

[Avignon OFF] Les Vibrants d’Aïda Asgharzadeh

18 juillet 2016 | PAR David Rofé-Sarfati

Eugène, aussi beau qu’insolent, est engagé volontaire. 1916 : il est blessé à Verdun et y laisse la moitié de son visage. S’ensuit alors une irrépressible descente aux enfers : comment continuer à vivre lorsque le miroir nous donne à voir les restes de ce qui a été et ne sera plus ?
Au Val-de-Grâce où il est hospitalisé, Eugène va rencontrer les architectes de sa nouvelle vie dont la grande Sarah Bernhardt. Il va alors suivre les pas, ou plutôt l’ombre, d’un certain Cyrano de Bergerac…

La pièce est construite comme une épopée, les tableaux se succèdent dans une scénographie époustouflante où les jeux de rideaux en tulle de mariage, en voile de bateau ou en gaze d’infirmerie, c’est selon, nous font voyager de la place Collette au Val de Grace, de Belle Île en Mer à Verdun. Le très beau texte d’Aïda Asgharzadeh, est servi par une mise en scène à la hauteur du propos et par un jeu d’acteurs épatant.

Dans cette épopée optimiste vers le dépassement de soi, le héros traversera, et nous avec lui, la difficile question de la confrontation entre le réel et le semblant, entre la réalité médicale et la fiction guérissante d’une Sarah Bernhardt reine de l’affabulation. Débat entre les mots et le corps, thème brûlant au théâtre. Se pose aussi à nous la limite du soin dans ce qu’il peut devenir une manipulation. L’infirmière ( Aida Asghrazadeh est aussi une grande actrice) comme Sarah Bernhardt dans leur commune et radicale envie de sauver Eugéne, approchent souvent une influence suggestive qui tient de la manœuvre et d’une dangereuse et paradoxale annulation d’Eugène en tant que personne.

Mais Eugène saura se défendre, et ce combat dans cette mise en scène admirable mérite d’intégrer l’agenda du festivalier.

 


Interprète(s) : Aïda Asgharzadeh, Benjamin Brenière, Matthieu Hornuss, Amélie Manet
Mise en scène : Quentin Defalt
Collaboration artistique : Damir Žiško
Lumières : Manuel Desfeux
Scénographie : Natacha Le Guen de Kerneizon
Costumes : Marion Rebmann
Compositeur : Stéphane Corbin
Création sonore et régie : Ludovic Champagne
Masques : Chloé Cassagnes

Infos pratiques

MuMa du Havre
Théâtre du Chapeau d’Ébène
Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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