Théâtre
Avec « Frigide » Malkhior réactualise Copi

Avec « Frigide » Malkhior réactualise Copi

17 juillet 2020 | PAR David Rofé-Sarfati

Parce que le combat de Copi a perdu de son sens, son oeuvre avait besoin d’un toilettage que Malkhior ose nous proposer dans un seul en scène foutraque mais émouvant. Cela se passe encore une fois au ParisOFFestival du Théâtre 14

 

L’œuvre protéiforme de Copi, auteur argentin francophone des années 80 et proche du FHAR (front homosexuel d’action révolutionnaire), fut en son temps perçue comme subversive, provocante, dérangeante. Son invitation insurrectionnelle à regarder l’étrangeté des sexualités signait une nouvelle partition des rapports sexuels et au loin des rapports humains. Dans sa pièce Frigo,  L., une transsexuelle vulgaire, reçoit un frigo comme cadeau d’anniversaire. La présence de cet appareil va déclencher chez L. un bombardement d’hormones qui va le/la plonger peu à peu dans la folie. À la fin de la journée, L. découvrira l’amour sous les traits d’un rat. 

Aujourd’hui, la représentation de l’homosexualité et de la transidentité ne soulève plus les peine-à-dire de l’époque de Copi. Désormais, un chat est un chat. La société a su  penser la réalité de nos pluralités. Il n’empêche ; Malkhior sait que le combat mérite une piqûre de rappel.  Frigide est un seul en scène délirant, adaptation très libre du Frigo de Copi. Une star déchue de l’underground pédé, désormais baptisée M. vit recluse dans sa tanière. M. y affronte seul -justement- ce qu’il est : un être étrange et esseulé, sui generis. Alors que sa mère lui offre un frigo qui trône à son réveil au centre de son salon, il fera face à son propre mystère. Dans une performance hilarante et décalée, Malkhior incarne cette créature exubérante qui interroge notre regard sur l’altérité, mais aussi sur nous même. Il ajoute à la charge de Copi une dimension actuelle. Les hormones ne se déchaînent plus, l’époque n’est plus à une sexualité réprimée; maintenant que tout est possible, seule la frigidité nous guette. Copi attaquait son public sans le saisir, Malkhior décide de nous attraper en complicité. Il abandonne le personnage de la  doctoresse Freud, remplace l’effondrement psychotique par une tendre adresse au public ; il  rompt avec une psychologisation devenue inutile. Le message de Copi est préservé. Son désir de nous émerveiller et son amour du foutraque et de l’hallucinatoire également. En plus, une joie d’être là et une empathie pour le public qui fait crème.

 

 

FRIGIDE Durée : 1h10 à partir de 14 ans Mise en scène Camille Pawlotsky et Stéphane Aubry Texte Malkhior Avec : Malkhior

Crédit Photos Daniel Pieruzzini&Guillaume Vellard

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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