Théâtre

Au Lucernaire, le Bourgeois Gentilhomme adapté par Philippe Person est une hilarante pantalonnade.

Au Lucernaire, le Bourgeois Gentilhomme adapté par Philippe Person est une hilarante pantalonnade.

14 juin 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

Le Bourgeois Gentilhomme, célèbre comédie-ballet de Molière devient sous la chirurgie  de Philippe Person et par la mise en scène commune de celui-ci et de Florence Le Corre  le terrain de jeu des élèves de la dernière  promotion de l’école d’art dramatique du Lucernaire. On y rit beaucoup.

L’intrigue est connue, Monsieur Jourdain a fait fortune, il est un parvenu. Il possède du bien, une domesticité et des liquidités. A cette époque, aujourd’hui dépassée, la classe possédante a la politesse et la vertu d’être instruite et de défendre les arts et les lettres. Aussi, il manque à Monsieur Jourdain l’essentiel. Il se met en quête d’apprendre la danse, la musique, l’escrime, la philosophie et veut s’habiller à la dernière mode. Il s’entoure pour ce faire de spécialistes de chaque spécialité. Mais -Molière écrit sa farce pour le roi- on ne s’improvise pas gentilhomme. Le pitoyable Monsieur Jourdain verra sa femme, ses professeurs, sa servante et son futur gendre, se moquer de ses velléités pourtant honorables d’éducation. Il est un balourd sot et naïf, un polichinelle. Philippe Person adapte le Bourgeois Gentilhomme sur ce biais.  Il nous libère de ce qu’aujourd’hui nous aurions appelé le racisme de classe; il affaiblit la satire sociale pour nous restituer le meilleur du show. Lui et Florence Le Corre co-metteuse en scène n’en préservent pas moins Molière, ses tirades délicieuses, ses quiproquo affûtés; ils bâtissent un joyeux affrontement vaudevillesque mené tambour battant. On saute, on court on rampe dans cette espièglerie enjouée et le rythme -c’est la patte de Person- est  soutenu.

Le spectacle se constitue d’une suite d’escarmouches de mots ; il est une farce à la guignol où un bouffon, Coviel va orchestrer l’hilarante pantalonnade. Les costumes farfelus imaginés par Florence Le Corre participent à l’amusement. Le sol en damier rappelle la consigne: nous sommes là pour un jeu, pour un divertissement à partager. 

Les rires du public, jeune et moins jeune, accompagnent le geste tandis que la troupe avec talent répond à l’appel. Anatole Follenfant construit  avec justesse un Monsieur Jourdain ridicule, désarticulé et maniéré tandis que Judith Leder est une acariâtre Madame Jourdain. Marine Lecarpentier réussit une agaçante et enfantine Lucile,  Arthur Radiguet un Dorante psychorigide au grotesque en creux de  celui de Monsieur Jourdain.  Dominika Dubrocka impressionne; elle affronte Nicole, personnage central chez Molière de la servante et la défend par un jeu précis et désopilant. Anna Kobakhidze est Doriméne, macguffin de la pièce. La comédienne soutient l’essentielle marginalité de son rôle en créant une épatante diva drôle et évanescente. Matéo Troianovski fait son effet en un loufoque maître d’armes puis en un mémorable  Cléonte. Il forme avec Elie Rofé, Coviel, l’irrésistible équipage de la turquerie.; ce dernier- il est de la race de ces comédiens pétillants et athlétiques qui jouent avec l’ensemble de leur corps- saisit la salle et prodigue toute sa puissance comique à ce duo inoubliable.

Dans la grande salle du Lucernaire se joue pour tout public et jusqu’au 11 Aout un Bourgeois Gentilhomme bidonnant, une fête au théâtre et à l’été. 

 

Le Bourgeois Gentilhomme

de Molière
Artistes : Collectif Queussi-Queumi troisième promotion de l’école d’Art Dramatique du Lucernaire
Metteur en scène : Florence Le Corre, Philippe Person

Durée 1H15

 

crédit Photos Affiche

Infos pratiques

Odéon Théâtre de l’Europe
Les Gémeaux
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