Théâtre

Anne Alvaro raconte Anna Politkovskaïa au Théâtre de l’Atelier

Anne Alvaro raconte Anna Politkovskaïa au Théâtre de l’Atelier

26 mars 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Faire entendre le texte en pleine flambée de l’extrême droite en Europe et en France est une urgence. Anne Alvaro devient Anna Politkovskaïa, journaliste, assassinée le 7 octobre 2006 à Moscou jusqu’au 28 mai au Théâtre de l’Atelier

[rating=3]

Anna enquête. Elle veut comprendre la réalité du conflit qui oppose la Tchétchénie à la Russie. Au début du récit elle rencontre Sacha, un jeune soldat de 19 ans, payé à tuer les tchétchènes « en fagot » « 10 par jour ». Son histoire sert de frise chronologique. Il est né en 1986 , en pleine Pérestroïka, moment de l’espoir et du renouveau, il a 5 ans en1991 et voit la fin de l’URSS. Il a 15 ans en 2001, la Russie d’Eltsine puis de Poutine est devenue une terre mafieuse. Anna enquête en 2005 sur la guerre entre la Tchétchénie contre la Russie. Elle ose retranscrire à l’exact les faits. Elle raconte les détails les plus sordides : l’eau coupée à 7 heures du matin, la neige tachée par les têtes coupées qui gouttent, qui gouttent, qui gouttent… On entre avec elle dans les chars des officiers russes qui entassent les cadavres au milieu des poubelles. On entre avec elle dans l’école de Beslan que les terroristes Tchétchènes vont faire sauter. Comme la neige qui se tache, Anna Politkovskaïa se trouble. La situation est inextricable, pourrie. Elle dit  » s’ ils ne m’avaient pas parlé , ils ne seraient pas morts ». L’enquête devient combat.

Elle est considérée par le régime Russe comme « non ré-éducable ». Classée dans cette catégorie, elle est traquée, jusqu’au jour où elle est tuée.

Le spectacle permet de comprendre la complexité du conflit qui oppose de façon plusieurs fois centenaires la Russie à la Tchétchénie. Plus encore, ce texte qui reste d’une actualité folle permet de saisir ce que « Caucase » veut dire.

La mise en scène d’Arnaud Meunier joue à regrets la carte du spectaculaire. Il associe à l’impeccable Anne Alvero une deuxième voix, celle de Régis Royer qui donne la réplique et incarne les protagonistes : les soldats, les blessés, le fils d’Anna… Les comédiens évoluent dans un décor resserré au plateau parsemé de bris de verre. En arrière scène, derrière un cadre, le violoniste Régis Huby accompagne tout le spectacle, et cela est extrêmement dommageable. La voix d’Anne Alvaro, grave et tendue ici, n’a pas besoin d’être secondée ni augmentée par un geste émotionnel.
Contrairement au travail que Mireille Perrier avait fait à la Maison des Métallos, la version d’Arnaud Menuier n’est pas une bombe. Ici, on oublie parfois que « c’est une histoire vraie » et le risque est immense de faire de la pièce de  Stefano Massini un spectacle pour mémoire et non pour présent.

Visuel ©Jean-Louis Fernandez

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