Théâtre

« Ame Nomade »: entre poésie chamanique et marionnettes-totems [Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes]

« Ame Nomade »: entre poésie chamanique et marionnettes-totems [Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes]

23 septembre 2017 | PAR Mathieu Dochtermann

Le Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes accueille encore cette année Magalie Chouinard, qui y présente Ame nomade, poème visuel muet en noir et blanc. Travail complexe sur l’espace, les formes, les échelles, les techniques, c’est avant tout pour le spectateur un voyage en présence de figures tutélaires, une invitation à rêver éveillé et à laisser des échos à ce qu’il voit résonner en lui. C’est plastiquement très beau, c’est sensible, c’est apaisant et ressourçant à la fois. Une parenthèse légère et merveilleuse au milieu du festival.

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Magalie Chouinard a déjà présenté, en 2013 au Festival, le personnage de la Femme Blanche, dans un spectacle du même nom. Il s’agissait déjà d’une recherche sur un univers visuel poétique en noir et blanc, et une expressivité qui se passait de mots comme de visage, puisque l’artiste joue masquée et maintient cette apparence de son entrée en salle jusqu’au salut et à la sortie de scène.

Il s’agit donc de l’affinage d’une recherche déjà entreprise. Elle se retrouve tirée ici bien loin, dans des territoires étranges et poétiques, où la réalité s’estompe doucement pour se fondre dans une longue rêverie.

Difficile de raconter l’histoire campée par ce spectacle. L’écriture n’est pas linéaire, et n’est pas tournée vers la narration: elle est bien plus préoccupée de sensations, et de provoquer une sorte de méditation tranquille, un voyage intérieur chez celui qui regarde. Si telle est bien l’intention, alors le spectacle est une parfaite réussite: sans ennui malgré le fait que le rythme soit plutôt lent, le public est doucement induit à entrer dans une transe qui l’amène à superposer ses paysages intérieurs aux images invoquées sur scène.

Car, évidemment au vu de ce que l’on vient d’en écrire, ce spectacle est éminemment visuel. De très nombreuses techniques sont employées, qui semblent n’avoir pour but, au-delà de leur indéniable esthétique, que d’amener les niveaux de réalité à se confondre, justement pour induire un état de lâcher-prise. Masque, théâtre d’ombres, projections vidéos, marionnette corporelle, changements de costume, les techniques se fondent les unes dans les autres de sorte qu’on ne sait jamais trop ce qu’on voit: est-ce Magalie Chouinard, derrière ce voile, ou une projection de son image? est-ce un film d’animation particulièrement fin qu’on distingue dans tel recoin, ou l’ombre projetée d’une marionnette manipulée devant un projecteur? Cette confusion permet de diluer la réalité, et permet de déconcertants effets de zoom où un personnage taille réelle peut sans transition se retrouver figuré en miniature dans un film projeté, pour finir en marionnette.

La scénographie et la mise en scène sont donc étudiés pour permettre ces fusions et ces confusions, en déclinant en outre la recherche d’une esthétique achromatique. Des sortes de cubes en papier ou en tissu sont entassés pêle-mêle à l’avant-scène, figurant des rochers mais dissimulant en réalité certains accessoires qui seront utiles au spectacle. Surtout, au centre de la scène, trône une structure cubique qui peut se déployer, faite de voiles blancs qui peuvent cacher ou révéler le jeu au gré des besoins, et servir de support de projection aux films (réels ou d’animation), aux images fixes et au théâtre d’ombres. L’ensemble est d’une grande élégance.

Un très beau spectacle, singulier, poétique, qui invite à une immersion douce dans une symbolique empruntée à la culture amérindienne (loup totémique qui finit par prendre une forme anthropomorphe, corbeau).

A voir absolument pour peu que l’on se sente tenté par le voyage!

Il reste encore des places pour le voir au FMTM le dimanche 24 septembre.

Magali Chouinard, interprétation, mise en scène, réalisation animations et vidéos, scénographie
Julien Robert, conception trame sonore
Richard Morin, collaboration mise en scène et répétitions
Claudie Gagnon, régie, coordination technique
Olivier Bochenek, collaboration au montage des images vidéos
Myriame Larose, collaboration écriture scénique, guide manipulation marionnettique
Karine St-Arnaud, guide dramaturgie
Johanne Benoît, guide mouvement et jeu masqué
Visuels: (c) Jean-Guy Lambert

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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