Théâtre
« Aglavaine et Sélysette », chant symboliste

« Aglavaine et Sélysette », chant symboliste

13 mai 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Grâce à quatre comédiens admirablement dirigés, la langue de Maurice Maeterlinck, portée sur scène par Célie Pauthe, nous parvient. Les particularités de chacun emmènent doucement le texte vers la musique. Une musique particulière, à écouter sans relâchement.

[rating=4]

Aglavaine et SelysetteIl ouvre le spectacle, il en prononce les premiers mots, réinventés par son timbre de voix unique: dès le début, Manuel Vallade nous cueille. Sa diction tout en « s » et en respirations nous amène à porter toute notre attention sur les mots de Maurice Maeterlinck. Mots dans lesquels il faut pénétrer pour les apprécier pleinement. Judith Morisseau prendra bientôt sa suite. Puissamment. Avec souffle. Et puis Bénédicte Cerutti fera son entrée, avec sa prestance habituelle, impliquée dans la parole davantage que d’habitude. A la fin de la première scène, Karen Rencurel, qui joue la grand-mère endormie, sera réveillée. Comédienne, elle s’est donnée corps et âme au théâtre public depuis les années 70. Ici, elle nous offre l’incarnation d’une bien belle âme.

Car Aglavaine (B. Cerutti), Sélysette (J. Morisseau) et Méléandre, l’homme entre elles (M. Vallade), ne sont pas réellement des personnages: ils vont s’apparenter, deux heures durant, à des moitiés d’âme tentant de s’unifier, de se rejoindre. Difficile, à trois… Le verbe aimer est mis par Maeterlinck à toutes les sauces, mais c’est pour mieux décomposer l’amour lui-même: entre Aglavaine et Méléandre, un « amour fraternel » ne saurait être satisfaisant ; mais Sélysette apparaît froissée ; Aglavaine s’emploie donc à la convaincre que, puisqu’elle l’aime comme sa soeur, Méléandre pourra éprouver vis-à-vis d’elle « le même sentiment amoureux »… Mais les protagonistes ne sont jamais eux-mêmes, tout occupés qu’ils sont à se mettre à la place de leur interlocuteur… L’issue sera bien entendu tragique.

Le décor, les costumes, les gestes et déplacements demeurent épurés: ils servent la poésie du texte. Qui peut nous parvenir, à condition qu’on tourne vers lui toute notre attention. Munis de ce canevas simple, oubliez-le, et concentrez-vous sur les mots: c’est là la seule façon d’accéder à l’émotion. Musique de la voix des comédiens, musique de l’écriture de Maeterlinck, musique de l’âme. Aussi simple que cela. Rendons grâce à Célie Pauthe d’avoir su agencer ce dispositif, afin que la parole, bien remplie, puisse éclore et se diffuser. D’avoir amené ces comédiens à épouser la langue, sans intentions ou gestes superflus. Qu’y aurait-il d’autre à jouer, au fond ?

Aglavaine et Sélysette de Maurice Maeterlinck, mise en scène de Célie Pauthe. Avec Bénédicte Cerruti, Judith Morisseau, Karen Rencurel, Manuel Vallade, et en alternance Joséphine Callies ou Lune Vidal.

Visuel: © Elisabeth Carecchio

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