Théâtre
Agatha de Duras sans amour

Agatha de Duras sans amour

17 septembre 2017 | PAR Christophe Candoni

Mise en scène par Hans Peter Cloos, Agatha de Marguerite Duras se joue au Café de la danse à Paris dans une version grotesque où l’amour transgressif et sublimé qui lie un frère à sa sœur est totalement absent. 

Dans le beau décor d’une villa décatie aux murs couleur parme effrités par le temps, un frère et une sœur se retrouvent. Ils ont joué et se sont follement aimés dans cette maison d’enfance au bord de la mer. Ils s’y séparent désormais. Le départ d’Agatha est impossible et pourtant nécessaire car le sentiment interdit qui les lie les condamne. Voilà ce que raconte l’un des plus beaux textes de Marguerite Duras publié en 1981 et qui a aussi donné lieu à un film tourné la même année, réunissant les magnétiques Bulle Ogier et Yann Andréa. Inspirée de la lecture passionnée de L’Homme sans qualités de Robert Musil, Marguerite Duras y évoque le thème sulfureux de l’inceste. Non pas de manière provocante et volontaire mais avec la poésie de l’indicible qui la caractérise.

« C’est par le manque que l’on dit les choses » déclarait Duras. Hans Peter Cloos ne l’a visiblement pas entendue. Il veut tout et trop montrer, et ce bien lourdement. Le plus important échappe pourtant : l’amour passionnel, fusionnel, brûlant, sauvage, que se portent les protagonistes. De l’amour, il n’y en a pas dans sa relecture qui pêche d’une surinterprétation encombrante, gênante même, car elle ternit, réduit, ce qui se joue à une perversité malsaine et complaisante, à un jeu d’enfants peu innocents, à un ego trip avec caméra portative, à une séance de déshabillage et de travestissement, à un rite vaudou avec massacre de poupée dénudée et ensanglantée. Ce n’est pas cela le désir violent et sublime qui traverse les héros auxquels est résolument ôté toute pureté. On ne peut donc être plus en contradiction avec le texte tant est surligné l’aspect destructeur mais résolument ignorée l’attirance de l’absolu.

Montré comme un être dérangé ou tourné en dérision, le frère que joue Florian Carove est affublé d’un incongru tutu rose et d’un nez de clown. Visiblement mal à l’aise, l’acteur n’est pas juste. Pour ses premiers pas au théâtre, Alexandra Larangot, tout juste sortie des cours Florent, tire davantage son épingle du jeu. Elle apporte une beauté, un mystère, une délicatesse qui par ailleurs fait cruellement défaut au spectacle.

©Photo Lot

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