Théâtre

A Avignon, L’Orestie d’Eschyle portée par la jeunesse

A Avignon, L’Orestie d’Eschyle portée par la jeunesse

15 juillet 2019 | PAR Christophe Candoni

Jean-Pierre Vincent revient au festival d’Avignon pour présenter une Orestie d’Eschyle dont les principales qualités sont la lisibilité des trois pièces qui la composent et la ferveur des jeunes interprètes, particulièrement engagés.

Les comédiens mais aussi les auteurs, dramaturges, scénographes, costumiers, régisseurs, créateurs, appartenant tous au Groupe 44 de l’école supérieure d’art dramatique du Théâtre national de Strasbourg, ont travaillé d’arrache-pied ce spectacle- fleuve monté pendant trois ans (dont une année entière uniquement axée sur la lecture à la table du texte). Grand amateur d’Eschyle dont il a autrefois monté Les sept contre Thèbes ou bien Les Suppliantes, le metteur en scène et pédagogue Jean-Pierre Vincent a voulu revenir à L’Orestie. La seule trilogie antique qui nous soit parvenue dans son intégralité est un monument fondateur pour le théâtre comme pour le politique ; les deux naissent inextricablement liés dans la cité athénienne du Ve siècle avant Jésus-Christ. Il parvient à en tirer un spectacle clair, classique, limpide et profond, inégalement inspiré et comportant bien quelques longueurs et fautes de goût dans les costumes, mais qui s’assume parfaitement comme un travail rigoureux, sans épate, sobre et probe. Le sens de cette grande fresque d’Agamemnon, Les Choéphores et Les Euménides se laisse suivre et parvient sans problème.

La succession des meurtres d’Agamemnon, roi victorieux de retour de Troie, abattu par sa femme, puis de Clytemnestre assassinée par son fils, la force tragique de tous ces épisodes sanglants et l’apparition inopinée d’Athéna acquittant Oreste et proclamant la démocratie et la justice pour les temps à venir, cela pourrait inviter à la grandiloquence, à la démesure. Mais Jean-Pierre Vincent choisit une toute autre direction qui est celle de l’intimisme, et parfois même d’un étonnant prosaïsme, pour rendre les choses bien vivantes et concrètes. Pour abonder dans son sens, Bernard Chartreux a assuré une nouvelle version des trois pièces traduites à partir du texte allemand utilisé par Peter Stein à la Schaubühne de Berlin et permet ainsi de simplifier la langue et les situations tout en leur restant fidèle.

Le plateau se présente comme relativement dépouillé et teinté d’une douce atmosphère méditerranéenne. A l’aube, sur la place d’un village dans une campagne du sud, de longues tables et des chaises en bois brun ou bleu ont été disposées. L’espace domestique et ses couleurs rappellent un peu celui de l’Electre de Vitez. S’y installent des vieillards claudiquant pour boire un coup et bavasser, traînant leurs silhouettes voûtées ou s’adonnant à quelques pas de danses folkloriques. Au dessus d’eux, sur une estrade, surplombe la porte en fer du palais des Atrides. Nous voilà ainsi plongé dans une Grèce immémorielle.  

Douze talentueux acteurs, passant d’un rôle à l’autre, se distinguent par la qualité de leur jeu. La représentation de cinq heures trouve son point d’acmé lors des retrouvailles centrales d’Electre éplorée et Oreste vengeur sur la sépulture même de leur père assassiné. Melody Pini est une ardente Electre, Paul Fougère fait un fiévreux  Oreste, avec une allure à la Chéreau, crâne rasé et poitrine nue sous une veste de costume sombre, bientôt dégoulinante de sang. Ils forment tous les deux un duo électrisant.

L’Orestie © Christophe Raynaud de Lage

Les 12, 14, 15, 16 juillet 2019 au Gymnase du lycée Saint-Joseph. 

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One thought on “A Avignon, L’Orestie d’Eschyle portée par la jeunesse”

Commentaire(s)

  • Coulaud genevieve

    Mise en scène, comédiens et intelligence du décor ,cette représentation a sauvé Avignon pour nous cette année. Tout est clairement dit ! Et quelque fois malicieusement! Quel bonheur!!!

    juillet 16, 2019 at 14 h 10 min

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