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Rencontre avec le poète et slameur Kanak Paul Wamo

Rencontre avec le poète et slameur Kanak Paul Wamo

20 octobre 2013 | PAR Sonia Hamdi

 

A l’occasion de l’exposition «Kanak, l’Art est une parole» au musée du Quai Branly, le théâtre Lévi-Strauss accueille les performances d’artistes néocalédoniens au travers d’un art vivant, mêlant scène musicale et art chorégraphique. Le spectacle fait entrer une journée dans une soirée: trois artistes pour trois moments cruciaux du jour. L’aube avec Boagan, entre rock et raggae; le midi avec Ykson, place au blues aux accent de ragga ; Le soir est doux, avec Gulaan, artiste d’un genre nouveau: le folk mélanésien. Le tout est orchestré par Paul Wamo, poète et slameur, mis à l’honneur avec l’exposition, où un petit film «paroles Kanak», lui est en partie consacré.

La première a eu lieu le samedi 19 octobre à 18h et donne lieu à une rencontre. La rencontre. Avec Paul Wamo. Dans les Jardins illuminés et verdoyants du Musée, une femme joue de la guitare. Le moment est propice aux confessions d’un artiste authentique, décalé et profondément humain.


Paul, tu es originaire de l’île de Lifou, peux-tu expliquer un peu ton parcours?

Je suis de la tribu de Nang, né à Lifou en 1981 (la plus importante des îles Loyauté par sa superficie, une commune française et une aire coutumière de la Nouvelle-Calédonie, ndlr), j’ai grandi à Nouméa. J’ai commencé à écrire au lycée. J’avais entamé des études de comptabilité gestion, mais ma première scène s’est faite juste après le bac. Je n’ai pas choisi la poésie ou le slam. C’est  »eux » qui m’ont choisi. Si les choses se font, c’est parce qu’elles doivent être ! J’avais simplement le désir de m’exprimer, mais pas seulement sur ma culture. Sur tout ce que je voyais. J’observe et ce qu’il y a dans ma tête se déplace dans mon ventre. Ce qui nait au fond de moi donne lieu à des mots qui viennent remplir mon panier de paroles.

Ta première publication, un recueil de poèmes paru en 2006, s’appelle «Le pleurnicheur », pourquoi ?
Lorsque tu viens au monde, tu pousses ton premier cri. Et ce cri est suivi d’un pleur. C’est comme cela que tout commence…

Lequel de tes textes préfères-tu?
Il s’appelle « Je viens de là » . Il me tient à cœur car il traite, dans un souffle, de toute ma généalogie personnelle

Essayes-tu de faire passer un message précis à travers tes écrits ?
Non, mes textes ne véhiculent aucun message en particulier. Je dis ce que j’ai à dire, ce que j’ai besoin de dire, et celui qui écoute prend ce qu’il veut. La petite parole qu’il a envie de récupérer, d’apporter chez lui et d’arroser. Il peut ensuite la faire grandir puis la partager (sourire)

En novembre, tu présentes un spectacle qui s’appelle EkoooO, au théâtre Levi-Strauss. Est-ce en rapport avec l’exposition qui a lieu en ce moment au musée ?

Ce spectacle est en rapport avec l’exposition mais il a été écrit bien avant. Il fait référence aux « échos » qui se sont « posés dans ma tête » et qui peuvent se traduire par les codes cérémoniels Kanak (Il y a en effet plusieurs types de discours cérémoniels dans la culture kanak : du discours généalogique à celui de deuil en passant par celui d’accueil et d’au-revoir ; chacun d’eux a une fonction, des codes et des formes précises, ndlr). Le spectacle traite également de la part d’universalité existant dans cette culture. D’ailleurs, à travers le film «Paroles Kanak » qui est présenté au Musée et qui fait partie de l’exhibition, je le dis : « Je suis noir, mais je ne suis pas noir ». En fait, la plus belle identité qui soit est celle qui se définirait comme « je suis là, ici et maintenant ».

As- tu des projets en cours ?

L’année prochaine je m’exile. Je quitte mon île natale pour la France. Pendant un an ou deux, avec la troupe de K Muzik, on veut organiser des festivals, des rencontres. Puis revenir avec tout ça au pays et leur faire partager notre expérience. Le projet n’est pas encore bien défini mais l’idée est là : le partage. On y travaille. Un chose est sure, l’an prochain je serai à Avignon pour faire une présentation d’EkoooO.

Si tu devais te définir en un mot…?

(Prenant sa tête entre les mains, il cherche le mot exact. Celui qui sortira comme un cri du cœur…)
– Libre!

Pour terminer, as-tu quelque chose à dire aux lecteurs?

– Il faut continuer à propager la culture Kanak parce qu’elle parle d’universalité. Aujourd’hui, beaucoup parlent de nationalisme. Partout on entend le mot «frontière». Mais ça n’a pas de sens car, au fond, on est tous de la même Terre. Etre différents c’est bien, nous ne pouvons être tous pareils! Chaque culture est différente. Mais chacune d’elle se rapproche d’une autre par quelque chose, forcément. Finalement, être différents signifie être «ensemble».

Informations pratiques:
– EkoooO : samedi 16 novembre, 19h & dimanche 17 novembre, 17h + Autour du spectacle : Rencontre avec Paul Wamo, le 16 à 17h, salon de lecture Jacques Kerchache (En accès libre dans la limite des places disponibles)
– Trajectoires K, Création danse/musique/Vidéo de Laetitia Naud et Richard Digoué : un spectacle où les expressions traditionnelles de danse et musique kanak intègre le langage chorégraphique contemporain des deux artistes, Samedi 25/01/14, 18h et Dimanche 26/01/14, 17h

A noter :
– L’achat d’un billet pour ce spectacle donne accès à l’exposition ? KANAK. L’art est une parole le jour du spectacle.
-Pour tout achat de places pour 2 des spectacles ou plus du cycle ? Nouvelles scènes de Calédonie, vous bénéficiez du tarif réduit sur l’ensemble des places achetées.
RÉSERVATIONS : 01 56 61 71 72.

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Sonia Hamdi

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