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Quel joyeux bazar, Lazare ! : Au pied du mur sans porte

Quel joyeux bazar, Lazare ! : Au pied du mur sans porte

17 avril 2016 | PAR Marianne Fougere

Ouvrir des brèches invisibles dans un espace parfois cloisonné que celui du théâtre, tel le mot d’ordre de Lazare. Au pied du mur sans porte est un spectacle en free style total qui, dans un curieux mélange, parvient à combiner poésie, politique et burlesque.

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Dans chacun de ses spectacles, Lazare tente d’écrire au seuil d’un monde normé, au pied des portes kafkaïennes de la loi, nous invitant, ce faisant, à exécuter un pas de côté. S’il se méfie autant des idées préconçues et préfère leur substituer le langage d’une métaphysique analphabète, c’est pour mieux s’attaquer au principe de marginalisation et porter, par-delà les barricades, la voix des laissés pour compte et autres déclassés.

Parmi ceux-ci, Libellule, un enfant non pas « un peu bizarre » mais qui a, comme tient à le préciser sa mère, « du retard de l’école ». Famille éclatée, esprit étourdi, double mort avant d’être né, scolarité chaotique, mauvaises rencontres, trafic de drogue : Libellule tente tant bien que mal d’avancer, se raccrochant là où il peut puisqu’il a tout abandonné et que les mots semblent eux-aussi l’avoir quitté.

C’est donc au rythme fracturé de ce jeune héros cabossé que la pièce va avancer. Par à coup, par dérive, multipliant les mondes et les imaginaires possibles pour finalement créer un no man’s land utopique dans lequel se croisent gaiement charlatans, fantômes du passé, magiciens et policiers. Au pied du mur nous saisit par l’incongruité de sa syntaxe qui, explosant les codes et les règles grammaticales, invente un langage mieux à même de faire étinceler les rêves de ces êtres traditionnellement relégués dans les zones d’ombre périphériques. Les mots de Lazare sèment le désordre, sa mise en scène nous surprend comme elle nous irrite. Repoussant sans cesse les limites, empruntant sans fin des sens interdits, Au pied du mur s’extirpe des territoires familiers, au risque parfois de laisser le spectateur sur le bas-côté pour aussitôt le rattraper au vol et l’embarquer, à nouveau, dans sa féroce chevauchée.

Au pied du mur sans porte, de Lazare, avec Anne Baudoux, Axel Bogousslavsky, Julien Lacroix, Mourad Musset, Yohann Pisiou et Claire-Monique Scherer,
photo (c) Hélène Bozzi

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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