Performance

Une quatrième édition urbaine et internationale pour Do Disturb au Palais de Tokyo

Une quatrième édition urbaine et internationale pour Do Disturb au Palais de Tokyo

09 avril 2018 | PAR Yaël Hirsch

Pour la quatrième année, le festival de performance Do Disturb a transformé le Palais de Tokyo en Happening géant, ces 6,7 et 8 avril 2018. Une édition urbaine, internationale qui met l’accent mis sur les femmes, avec notamment Cecilia Bangolea à la direction du « Dancehall » qui a fait trembler le Yoyo samedi soir. Toute La Culture y a passé une partie du week-end et a pu voir quelques performances. Live-report.

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Grosse affluence et présence de pas mal de personnalités du monde de l’Art et du spectacle, Do Disturb a atteint la maturité cette année, avec une certaine institutionnalisation. Le programme était pléthorique et inépuisable regroupant six grandes institutions de la performance venues de villes telles que Le Cap avec pour partenaire la A4 Arts Foundation, Los Angeles avec le centre d’art Human Resources, Londres avec la Hayward Gallery et São Paulo avec le festival Verbo Performance Art Festival.

A peine arrivés au Palais, nous avons été pris dans un mouvement irrépressible de T-shirt. Laissant place à de nombreuses têtes de badauds, la battle Pirata Rosa vs Pirata Azul de Pia Camil nous a fait marcher comme une chenille engagée dans du collectif. Promiscuité et fous rires au rendez-vous!

En nous glissant dans l’ancien haut lieu de la cinéphile transformé en salle 37 de la friche, nous nous sommes retrouvés devant un écran pop et les corps alanguis de Dorota Gaweda et Egle Kulbokaite. Sur une proposition de la Hayward Gallery YGRG 14X : Reading with a single hand, réfléchit à l’évolution et aux impacts de cette folle activité : lire et se masturber. Très Wilhelm Reich, l’ambiance scientifique vantant l’énergie libérée par cette saine activité a pris des allures mystiques.

Au saut du loup, Hobe Lasai propose avec Moon un concert de Brit pop en transparence, caché en ombre chinoise derrière une grande bulle.

Dans le cadre assez dramatique de la grande rotonde, affichant son nom en violet derrière des boîtes empilées, Burôtica II de Florent Audoye commence par un solo de culture physique d’un comédien court vêtu à la eighties. Un contreténor en complet veston le rejoint pour chanter du religieux acappella. L’austérité du chant rencontre le corps libéré de l’artiste tandis qu’une manifestation silencieuse aux pancartes sans mots passe comme un train quand la SNCF n’est pas en grève.

A leur suite, dans une longue robe noire et semblant se mouvoir en glissant, Romain Lalire fait son entrée sur une musique minimale qui rythme son déplacement. Dans les mains, il tient une boule noire. La silhouette est projetée en blanc contre un mur noir et l’élégance rencontre la poésie dans une performance de magie noire bluffante. Kumo est notre coup de cœur de Do Disturb : méditatif, planant et beau, le spectacle se joue de toutes les projections pour nous emmener vers un ailleurs très délicat.

Ça vocalise et ça défile avec Elegy de Gabrielle Goliath dans la grande Rotonde. Une demi-douzaine de performers chanteurs sont en ligne pour faire entendre leur élégie au public concentré. C’est noir, c’est minimal et si ça dansait, on dirait qu’on a rejoint les années 1990 de Forsythe.

Dans les startings-blocks, et heureux de voir revenir ce moment privilégié, nous aurions aimé voir plus de performances toujours et encore, c’est le côté boulimique de Do Disturb ! Ce que nous avons pu voir a régalé nos yeux, même si les performances nous ont fait un effet très maîtrisé, peut-être moins provoquant ou hors-cadre que les éditions précédentes… Un Festival et des artistes  à suivre.

Visuels © YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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