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« La Toile » au Nouveau Théâtre de Montreuil: de bonnes idées, mais un goût d’inachevé

« La Toile » au Nouveau Théâtre de Montreuil: de bonnes idées, mais un goût d’inachevé

07 octobre 2015 | PAR Mathieu Dochtermann

Dans le droit fil de la ligne adoptée par Mathieu Bauer depuis qu’il dirige le NTM, La Toile, spectacle proposé jusqu’au 16 octobre, allie une forte dominante musique avec d’autres arts de la scène, en l’occurrence le cirque. Si l’idée est enthousiasmante, le résultat n’est malheureusement pas à la hauteur des attentes.

La Toile

Du mélange des disciplines, peut jaillir la créativité ; de la fusion, de la mixité, de l’abolissement des frontières, viendra le salut. C’est un credo auquel on peut choisir d’adhérer, ou que l’on peut rejeter, mais force est de constater que son application produit souvent, a minima, des résultats intéressants, voire, parfois, des spectacles éblouissants. Faire dialoguer des disciplines circassiennes d’équilibre avec un brass band, unir le travail du Cirque Inextremiste avec les notes du Surnatural Orchestra, convier Tatiana-Mosio Bongonga, funambule de talent, pour couronner le tout, cela aurait dû faire son effet.

Malheureusement, cela n’en fait pas tant que cela. Ce n’est pas à dire que la musique soit mauvaise, bien au contraire : les musiciens sont irréprochables, tant individuellement (en général) que collectivement (là, sans réserve), la musique est entraînante, les ingrédients sont bien là… mais cela ne « prend » pas. Peut-être que les très nombreuses distractions visuelles empêchent de se concentrer sur le son, peut-être qu’écouter un brass band confortablement calé dans un fauteuil ne permet pas de bien profiter de l’énergie dégagée par l’ensemble, mais toujours est-il qu’à aucun moment l’émotion ne saisit. Ce n’est pas à dire non plus que les artistes circassiens soient techniquement mauvais, bien au contraire. Mais on les sent mal employés, en-deçà de leurs capacités, dans des numéros étriqués qui manquent un peu d’imagination, et sont comme plaqués sur le reste.

Surtout, là où le spectacle achoppe, c’est dans la modicité du dialogue entre les disciplines. Faire participer les musiciens à des jeux d’équilibre sur des planches, cela n’en fait pas des artistes de cirque. On a l’impression d’assister à des scènes-prétextes, ajoutées pour remplir un cahier des charges. Côté circassiens, pas de participation à la musique – et après tout il n’y en a pas nécessairement besoin – mais pas d’histoire à raconter dans la manière dont le spectacle est écrit, malgré des instants incroyablement denses en imaginaires possibles, mais qui sont aussitôt abandonnés, comme si leur potentiel n’avait pas été perçu – quel dommage ! Enfin, peu de vraies interactions entre musiciens et acrobates, la musique se réduisant vite à une bande-son pour les numéros.

Que retenir de ce spectacle, alors ?

De poésie, il n’y a point, malheureusement, non plus que de grâce, à part sur le final visuellement très réussi et qui sauve un peu l’ensemble. Cela manque de souffle, on ne frémit pas, on ne se soulève à aucun moment de son siège. Les bribes d’histoires, faute d’être tissés ensemble, se délitent et tombent tristement. De beaux moments – le final, un numéro de funambule réussi, une bonne idée d’utilisation d’une tractopelle – mais cela ne rachète pas un ensemble qui apparaît comme un patchwork. Un essai qui a un distant parfum de génie, qui va dans la bonne direction, mais qui n’est pas encore parvenu à sa maturité : voilà le sentiment avec lequel on ressort des 1h30 de spectacle.

C’est frustrant, car il y a là, on le sent, un potentiel brillant.

Musicien(ne)s : Cléa Torales, Fanny Ménégoz, Fabrice Theuillon, Nicolas Stephan, Jeannot Salvatori, Robin Fincker ou Hugues Mayot, Baptiste Bouquin, Adrien Amey, Julien Rousseau, Antoine Berjeaut, Izidor Leitinger, Hanno Baumfelder, François Roche-Juarez, Judith Wekstein, Laurent Géhant, Antonin Leymarie ou Emmanuel Penfeunteun, Sylvain Lemêtre ou Arthur Alard, Boris Boublil ou Jean?Francois Riffaud

Circassien(ne)s : Tatiana-Mosio Bongoga, Yann Ecauvre, Remy Bezacier, Rémi Lecocq

Conception : Surnatural Orchestra
Scénario : Yann Ecauvre
Son : Zak Cammoun & Corentin Vigot
Lumière : Jacques-Benoît Dardant
Régie générale : Philippe Bouttier
Administration : Christine Nissim
Diffusion : Jérôme Tisserand

Production : Collectif Surnatural avec la participation du cirque Inextremiste et de Tatiana-Mosio Bongonga
Coproduction : La Grainerie à Toulouse, Coopérative de Rue de Cirque, Nouveau Théâtre de Montreuil – centre dramatique national, Le Carré Magique à Lannion, l’Agora scène nationale d’Évry

Visuel: Jérôme Tisserand

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