Performance

[Festival d’Automne] Yesterday Tomorrow, les aléatoires d’Annie Dorsen

[Festival d’Automne] Yesterday Tomorrow, les aléatoires d’Annie Dorsen

08 décembre 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Ce soir et seulement ce soir, la metteuse en scène Annie Dorsen est au T2G (Théâtre de Gennevilliers) pour une performance aussi exigeante que réjouissante sur les aléas du hasard.

Quand le plateau s’offre à nous, on est saisis : Trois canapés bien verts, un comédien posé sur chacun d’entre eux. Ils sont entourés d’écrans sur lesquels bientôt des partitions de musique vont dérouler. Assis, les trois, habillés home-wear. Ils vont se mettre à chanter « Yesterday » des Beatles. On se marre, premier effet. Ensuite, on doute : est-ce que sérieusement, ils vont chanter « Yesterday » pendant une heure. Sans le savoir on est déjà pris dans la folie de ce procédé. Car, non, les premières versions de « Yesterday » sont en fait légèrement décalées à la façon d’un canon.

Annie Dorsen propose un théâtre algorithmique. Un programme informatique est lancé et les partitions deviennent chaque soir complètement neuves et aléatoires. L’idée est d’aller de « Yesterday » à « Tomorrow », célèbre air de la comédie musicale Annie. Entre hier et demain, on le sait le hasard et roi et les chemins sont déroutés par de l’impromptu.

Ici, la musique devient complètement intellectuelle et enveloppante et les références surgissent immédiatement : on pense à « Violin Phase » de Steve Reich, à « Kepler » de Philip Glass ou à « The Unanswered Question » de Charles Ives. L’incroyable se niche dans le fait que ni les Beatles ni Charles Strouse n’ont composé de la musique expérimentale qui laisse la place à des dissonances et des distorsions.

Ici, les mots sont désolidarisés les uns des autres pour quitter le sens. La symphonie devient totale, jusqu’à toucher, quand l’ordinateur devient mélancolique, imposant des notes longues, au sublime. Le dispositif scénique fait de ce spectacle une œuvre où le décor parle. Les chanteurs bougent par touche donnant l’illusion d’une conversation absurde.

Sans en avoir l’air, Annie Dorsen signe une œuvre géniale où la culture populaire croise l’élite et où la performance est support à une interaction entre l’homme et le numérique tout à fait pertinente.

Courrez-y ce soir.

Photo © Alexandre Schlub

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. amelie@toutelaculture.com

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