Performance
« Belle d’Hier » de Phia Ménard : Un conte de fée non pas larmoyant, mais humide.

« Belle d’Hier » de Phia Ménard : Un conte de fée non pas larmoyant, mais humide.

09 octobre 2015 | PAR La Rédaction

Artiste inclassable, artiste du passage, Phia Ménard continue d’interroger et de mettre en scène l’idée de transformation. C’est au mythe du mâle dominant, à sa disparition, qu’elle s’attaque cette fois-ci, portée par la rage de ne plus jamais entendre chantonner : « un jour, mon prince viendra, … ».

 

De la jonglerie à la création d’images, en passant par la danse et « l’injonglabilité », l’œuvre de Phia Ménard est à la croisée des arts. Avec Belle d’Hier, cette « femme en devenir » puisque née Philippe Ménard, entame un nouveau cycle : les pièces de l’eau et de la vapeur succèdent aux pièces de glace comme P.P.P ou Black Monodie, aux pièces du vent telles L’Après-midi d’un foehn ou Vortex. Mais d’un cycle à l’autre, ce même regard troublé et troublant pour mieux faire vaciller les fondements pas si solides du monde.

Spectacle fou, voire complètement barré, Belle d’Hier s’ouvre sur la vision d’une gigantesque barre métallique. Telle une caverne d’Ali Baba aux allures de chambre froide, le lingot d’or renferme des poupées vaudous, des costumes à l’effigie d’un prince qui n’a de charmant que le nom. Aussi imposantes et inquiétantes soient-elles, ces carapaces figées vont, une fois extraites du congélateur, lentement se déformer, s’effondrer littéralement. Signe que la grande lessive, que la conquête de la féminité, peut commencer ! La scène se transforme alors en une véritable usine, au sein de laquelle cinq ouvrières vont effectuer l’éprouvant travail à la chaîne que requiert la mise à mort du prince charmant. Jonglant d’une bassine à l’autre, ces « femmes de toujours » manipulent, arrosent à grande eau, lessivent et étendent les fripes masculines. Une performance incroyable pour ces danseuses aux bras musclés et à l’énergie endiablée.

Les tableaux s’enchaînent, défilent à des rythmes différents, mais tous constituent autant de chocs : choc visuel, de ces carcasses phalliques comme suspendues à un croc de boucher ; choc émotionnel, lorsque l’humour se mêle à la fureur pour sonner la révolte ; choc corporel, enfin, quand les danseuses, une fois mise à mal le mâle dominant, tombent la robe et nous confrontent à la cruauté de leur nudité. La violence du propos est à la hauteur sans doute des difficultés d’un parcours personnel que l’on imagine chahuté. Phia Ménard, cependant, le déploie avec une grâce inquiétante et ne cherche jamais à convertir quiconque à sa vision du monde. Le monde d’après, c’est-à-dire de l’après-mythe. Son spectacle fait écho au désir, souvent douloureux et surtout universel, de trouver une place dans le monde : une expérience commune aux femmes et aux hommes, qui tous s’ont appelés à s’émanciper et à se dégager d’une place à laquelle on voudrait trop vite les assigner.

Marianne Fougère

Visuel : DR

Infos pratiques

Centre Pierre Cardinal (festival Les Musicales)
Le Théâtre de l’Athénée
Marie Boëda

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