Opéra

Un Werther élégant et bien en voix à Nancy

Un Werther élégant et bien en voix à Nancy

11 mai 2018 | PAR Gilles Charlassier

L’Opéra national de Lorraine, à Nancy, met à l’affiche le Werther de Massenet dans une mise en scène élégante de Bruno Ravella, qui mettra d’accord les tenants du classicisme comme les amateurs de théâtre. Les oreilles ne sont pas en reste, avec un beau plateau de chanteurs français, et un orchestre en bonne forme, sous la baguette de Jean-Marc Zeitouni.

[rating=4]

Generale, WERTHER, Opera National de Lorraine. Direction musicale : Jean-Marie Zeitoun. Mise en scène : Bruno Ravella. Nancy, FRANCE -03/05/2018
Pre generale, WERTHER, Opera National de Lorraine. Direction musicale : Jean-Marie Zeitoun. Mise en scène : Bruno Ravella. Nancy, FRANCE -03/05/2018

musicale : Jean-Marie Zeitoun. Mise en scène : Bruno Ravella. Nancy, FRANCE -03/05/2018

Inspiré par un roman de Goethe, le Werther de Massenet modifie sensiblement la source littéraire, écrite à la première personne sous forme épistolaire, dans laquelle Charlotte reste insensible, et ajoute ex-nihilo la sœur, Sophie. Cela n’empêche pas Bruno Ravella et sa scénographe, Leslie Travers, d’inscrire son spectacle dans l’époque de l’écrivain allemand. Costumes, chapeaux, mobilier sobre, fresques paysagères aux couleurs de fusain puis d’eau-forte, en guise de tapisserie d’intérieur, tout évoque le pré-romantisme d’Outre-Rhin. Le résultat, élégant, caresse l’oeil dans le sens de l’intrigue, et ne se contente pas de l’illustration. Avec la complicité des lumières réglées par Linus Fellbom, qui jouent avec les ombres comme autant de reflets de l’attente, la mise en scène fait contraster efficacement l’insouciance de la première partie avec l’atmosphère de deuil de la seconde, baignée de camaïeux d’anthracite. Le dépouillement de l’ensemble accompagne remarquablement la concentration sur le drame intime, jusqu’à un finale où les cloisons de la domesticité se relèvent pour laisser apparaître la neige et la mort, contrebalancée par le chant de Noël dans lequel s’égaient, en coulisses, les mêmes enfants que lors du tableau augural. Le respect du livret ne signifie pas nécessairement la poussière du carton-pâte, et cette présente production en témoigne.
Cette vitalité théâtrale est également à mettre au crédit du plateau vocal, qui fait la part belle au chant français. Seul allophone de la distribution, le Werther du lituanien Edgaras Montvidas compense un diction parfois perfectible par un engagement lyrique évident, détaillant la rocaille des sentiments contrariés. En Charlotte, Stéphanie d’Oustrac fait la démonstration de son instinct dramatique, équilibrant avec naturel la retenue de l’épouse et les remords de la femme, dans une belle alchimie entre l’intelligibilité du texte et le dessin de la ligne vocale. Philippe-Nicolas Martin séduit en Albert d’une indéniable sensibilité, solide sans jamais céder au monolithisme, et donne ses lettres de noblesse à cet époux bienveillant. Marc Barrard distille la bonhomie savoureuse du Bailli. Après une entrée un peu verte, Dima Bawab résume impeccablement le charme et la fraîcheur juvéniles de Sophie. Mentionnons encore les interventions de caractère d’Eric Vignau et Erick Freulon, respectivement Schmidt et Johann, ainsi que le babil des enfants, sur scène et en coulisses, élèves du Conservatoire régional du Grand Nancy.
Dans la fosse, Jean-Marie Zeitouni anime la partition avec finesse et intelligence, encourageant l’expressivité de pupitres de l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy – on saluera la pâte des cordes, la chair du violoncelle solo, ou encore la palette des bois, saxophone, clarinette et cor anglais en particulier. Un beau travail, bien équilibré, qu’il convient de saluer et de distinguer dans la saison lyrique française – et de ne pas manquer : il reste des places !

Gilles Charlassier

Werther, Massenet, mise en scène : Bruno Ravella, Opéra national de Lorraine, Nancy, du 6 au 15 mai 2018

©C2images pour Opéra national de Lorraine

Les trop rares nuances de gris de Philipp Gehmacher au Kunstenfestivaldesarts
Cannes 2018 : « Gräns » d’Ali Abbasi, troll de vie à Un certain regard
Gilles Charlassier

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *