Opéra

Une Iphigénie pleine de grâce par Carsen et Hengelbrock au Théâtre  des Champs-Élysées

Une Iphigénie pleine de grâce par Carsen et Hengelbrock au Théâtre des Champs-Élysées

24 juin 2019 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 30 juin, la flamboyante Gaëlle Arquez incarne la fille d’Agamemnon sauvée adulte et qui retrouve Stéphane Degout, son frère. Avec le chef allemand Thomas Hengelbrock à la baguette et toute l’élégance de Robert Carsen à la mise en scène, cette Iphigénie en Tauride de Gluck est un véritable bijou. A voir d’urgence (il reste quelques places). 

Le rideau s’ouvre sur une scène toute noire : sol et murs en ardoise. Même en Tauride où Iphigénie est entrée au service de la prêtresse Diane juste après avoir été sauvée in extremis du couteau de son guerrier de père, on porte le deuil de la maison de Mycènes. Les noms des enfants de la maison d’Atrée sont marqués sur les murs en lettres latines, écrits et effacés à l’eau, laissant un petit temps une trace qui disparaît.  Au fond au centre, « Iphigénie » est incarnée avec feu et merveille par Gaëlle Arquez et ne quitte pas la scène. Robe et chevelure noires, se fondant avec ses danseuses de prêtresses, elle est au coeur d’une danse expressionniste, puissante et qui dit déjà tout dès l’ouverture sombre de l’opéra de Gluck (chapeau bas aux danseurs et aux chorégraphies de Philippe Giraudeau, toujours intenses, juste et qui nous sortent complètement de l’ordinaire suranné des danses accompagnant les opéras). Le choeur, lui est dans la fosse, et le son vient des profondeurs tandis que, hormis les solistes qui se prêtent au jeu,  tous les corps sur scène sont des danseurs.

Dans ces limbes de la Tauride, tout est cauchemar : la prêtresse a rêvé la mort de ses parents (superbe air « O race de Pelops »); elle se la voit vite confirmée par deux étrangers arrivés en Tauride. Et le monarque, Thoas a vu sa propre déchéance et demande le sacrifice par la prêtresse de deux étrangers arrivés en son royaume. Les deux jeunes gens preux et fiers se soutiennent et s’aiment avec pureté (Stéphane Degout, intense Oreste par le chant et le jeu, et Paolo Fanale, ce Pylade et sa douceur de timbre, tous deux « unis dès la plus tendre enfance »). Ils arrivent de Mycènes, ils sont fin prêts à faire face à la mort, d’autant plus que l’un d’entre eux est poursuivi par les Erinyes. Ils ont vu Clytemnestre tuer son mari, Agamemnon, et ont également assisté à la mort de cette dernière. Ils disent tout à Iphigénie mais gardent leur nom secret. Cependant lorsque la prêtresse doit lever son couteau sur eux, une force la bloque : les dieux ne veulent pas qu’elle consomme la cérémonie…

Tout est noir et miroite dans la mise en scène simple, élégante, et juste de Robert Carsen : des danses expressionnistes uniques aux reflets des lames, du couteau sur le sol noir en passant par les costumes sombres et fluides et par les liens entre noms et mémoire écornée, tout est beau, juste, profond et parle de destin en des termes que nous, modernes, pouvons tout à fait comprendre. Du côté de la musique,  l’ensemble et le choeur Balthasar-Neumann livrent une version puissante et rythmée de l’opéra de Gluck où la soie des cordes vient toujours parfaitement relever les voix. Le choeur est parfait et les solistes d’autant plus éblouissants qu’ils sont presque aussi flamboyants dans les récitatifs que dans les arias. Avec sa diction parfaite et son charisme,  Gaëlle Arquez a vraiment le talent de transformer toute la partition en pic intense de musicalité et les retrouvailles avec un Stéphane Degout entièrement projeté dans son rôle d’Oreste nous donnent la chair de poule. Un très grand moment de musique, d’opéra et de deuil qui se lève par la grâce des lumières de Robert  Carsen et Peter van Praet. A voir absolument. 

visuels : © Vincent Pontet.

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