Opéra

Une « Alceste » sobre crayonnée par le duo Minkowski / Py à l’Opéra Garnier

Une « Alceste » sobre crayonnée par le duo Minkowski / Py à l’Opéra Garnier

19 juin 2015 | PAR Yaël Hirsch

La mise en scène sobre d’Olivier Py en 2013 du Alceste de Gluck est reprise du 16 juin au 15 juillet 2015 au Palais Garnier. Dans le rôle-titre, c’est Véronique Gens qui relaie Sophie Koch avec maestria tandis qu’à la baguette Marc Minkowski et l’Orchestre des Musiciens du Louvre Grenoble subliment Gluck.

[rating=4]


Avant même que l’orchestre n’entre en scène, l’on s’active sur la scène assez dénudée de ce Alceste noir et blanc, où les décors apparaissent et disparaissent sous forme de craie sur un tableau noir : perchés sur un grand escabeau qui est au cœur des décors, des dessinateurs font apparaître un château baroque.

Lors de cette deuxième, le 18 juin 2015, Marc Minkowski rend un bel hommage au baryton Franck Ferrari, qui avait fait partie du cast de ce Alceste en 2013 et est mort le matin même d’un cancer du Pancréas, à l’âge de 52 ans. Le public s’est levé pour une minute de silence et de recueillement, avant que l’ouverture assez solennelle de l’opéra de Gluck ne commence. Sur scène, les portes du palais s’ouvrent en se dessinant à la craie et le chœur entre en piste, complets années 1910 et robes longues, le tout, noir.

La couleur funèbre qui colore toute l’oeuvre, à l’action parfaitement simple : Admète ayant oublié de sacrifier à la déesse Artémis, il perd la vie. Les Parques acceptent de commuer ce sort cruel, mais seulement si quelqu’un accepte de mourir à sa place. Seule sa belle et jeune épouse Alceste est prête à faire le sacrifice.

Portant avec grâce et puissance le rôle-titre de cette tragédie puissante sur la force de l’amour conjugal, Véronique Gens impressionne par la beauté et la constance de sa voix. Tant dans « Grands dieux, du destin qui m’accable », que dans « Divinités du Styx » ou das le duo avec le brillant et énergique Stanislas de Barbeyrac (Admète), elle rayonne et charme. En caution des dieux (tour à tour prêtre, Apollon et Hercules), Stéphane Degoût allie grande sobriété de jeu et voix inoubliable. L’exécution de l’orchestre et des chœur est absolument baroque, harmonieuse et douce-amère, comme la destinée funèbre qu’elle incarne.

Tout est beau, mesuré, limpide, donc dans ce Alceste entièrement chantée, où rien ne choque ni ne dépasse sauf deux danses sensuelles puis mordorée dans des courts moments musicaux de divertissement. La craie s’efface en ballet minimal, dans un graphisme fragile, changeant et beau, laissant un petit film de poudre blanche sur les vêtements des acteurs. faisant écrire des mantras très simples sur la mort et dessiner des têtes de squelettes, Py développe un jeu apaisé d’osselets, où le Memento Mori devient presque ataraxie. Il y a peu de place pour l’éclat, le sublime ou la révolte dans cette version chrétienne et résignée du mythe grec où le deus ex machina est finalement assez malvenu, tellement la musique vient soutenir la mise en scène dans cette oeuvre de mort apaisée. Ainsi, alors que les voix sont sublime, les personnages ne nous touchent pas et c’est voulu. Le public accompagne tellement placidement Alceste dans sa descente de scène (où les musiciens sont hissés au troisième acte) qu’il ne s’attend pas à ce que quelque chose puisse la sauver de la danse macabre des squelettes d’Hadès. Le minimalisme macabre emballe une vaste majorité du public tandis que certains auraient peut-être aimé plus de lutte et plus de catharsis. Il vaut donc peut-être mieux connaître et apprécier la musique de Gluck pour suivre Py et Minkowski dans cette lecture lente et fataliste qu’ils proposent d’Alceste…

Alceste, de Christoph Willibald Gluck, direction: Marc Minkowski, mise en scène : Olivier Py, décors : Pierre-André Weitz, avec Véronique Gens, Stanislas de Barbeyrac, Stépahne Degout, Chiara Skerath, Manuel Nuñez Camelino, Kevin Amiel, Tomislav Lavoie, François Lis, Choeur et Orchestre des Musiciens du Louvre Grenoble. Durée : 2h50 avec 30 min d’entracte.
visuels : (c) Agathe Poupeney / ONP

Infos pratiques

Elephant Paname
Kraspek Myzik
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *