Opéra

Un Roi Arthus en demi-teinte : brillance musicale et terne scénographie

Un Roi Arthus en demi-teinte : brillance musicale et terne scénographie

26 mai 2015 | PAR Marie Charlotte Mallard

Depuis le 16 Mai et jusqu’au 14 juin, est présenté dans l’immensité de Bastille l’unique opéra du compositeur Français, Ernest Chausson : Le Roi Arthus. Une rareté mais surtout un évènement, car l’œuvre, initialement destinée à la capitale, ne fait son entrée au répertoire qu’aujourd’hui, plus d’un siècle après sa création posthume au théâtre de la Monnaie à Bruxelles. Si la distribution est exceptionnelle, la direction remarquable, on regrette la grossièreté et la simplicité de la mise en scène et des décors.

Composé entre 1886 et 1895, l’opéra en trois actes ne sera représenté pour la première que quatre ans après la mort du compositeur, en novembre 1903. En 1916, le troisième acte fut donné au Palais Garnier, puis c’est seulement en 1981 et en version de concert que les parisiens découvriront l’œuvre dans son intégralité. Peu représentée, son entrée au répertoire est l’un des grands évènements de la saison et attise la curiosité, d’autant, qu’il est porté par une distribution prestigieuse, et de fait prometteuse. En effet, dans les rôles titres, Sophie Koch est Genièvre, Thomas Hampson joue Arthus, Roberto Alagna campe Lancelot, et Alexandre Duhamel chante Mordred. De bons arguments pour se presser au pied de l’opéra Bastille.

Au cœur de l’histoire, l’amour destructeur de Lancelot et de Genièvre. L’opéra débute alors qu’Arthus vient de vaincre les saxons, le roi célèbre ses chevaliers, particulièrement son ami et héro le chevalier Lancelot, attisant par la même la jalousie de Mordred, neveu d’Arthus. Entendant Lancelot et Genièvre se fixer rendez-vous une fois la nuit tombée, il décide de les surprendre. Pris sur le fait, Lancelot n’aura d’autre choix que les armes et laissera Mordred pour mort. Il regagnera son château, suivi de Genièvre qui lui apprendra que Mordred vivant, les a dénoncés. Néanmoins Arthus confiant en sa femme et son meilleur chevalier ne veut croire à la trahison. Genièvre demande donc à son chevalier de mentir auprès d’Arthus pour sauver son honneur, ce que Lancelot loyal, ne peut accepter. Aussi, choisit-il de fuir avec Genièvre. Ne trouvant ni Genièvre ni Lancelot, Arthus doutant et désespérant, invoque  Merlin pour trouver réponse. Le sorcier confirmera la trahison, ainsi que la mort prochaine du roi. Face aux révélations, Arthus lance l’offensive contre Lancelot. Pour son honneur, Genièvre veut voir Lancelot vainqueur, mais celui-ci par loyauté et remord refuse de se battre. Alors qu’il va sans arme, au-devant de la bataille, Genièvre se suicide, blessée de constater que le devoir a pris le pas sur l’amour. Lancelot quasi mourant exprime au roi ses regrets et témoigne de son amour comme de sa fidélité à Arthus, qui, malgré sa peine, pardonne au couple. Constatant le déclin de son utopie, les ravages de la jalousie et de la vanité, auxquels s’ajoute la trahison amoureuse, Arthus jette les armes dans la mer et aspire à mourir. Une nacelle arrive sur le rivage pour conduire le roi vers un ailleurs mystique, au-delà ou il séjournera en paix avant de renaître.

Sous la baguette précise, enthousiaste et inspirée de Philipp Jordan, l’on découvre la richesse, la luxuriance de la partition de Chausson. La clarté de la lecture du maestro permet à l’orchestre de déployer un large nuancier sonore autant qu’émotionnel mettant en lumière la multitude de caractère et de références musicales. Ainsi perçoit-on le chevaleresque, l’héroïque comme le fantastique. Puissance,  passion, dignité et désespoir y sont magnifiés. Dans ce bonheur musical, la distribution n’est pas en reste, bien au contraire.  Si on l’aurait souhaité avec plus de puissance, Thomas Hampson en Arthus touche par sa noble intégrité, et bouleverse alors qu’il renonce à son idéal sociétal. Roberto Alagna happe le spectateur par son Lancelot lumineux, sensible, et profondément humain. Poignant, il ne supporte pas la trahison, tant envers Arthus qu’envers lui-même et ses propres idéaux et émeut particulièrement dans sa lutte intérieure entre amour et droiture. Les grands écarts mélodiques ne font pas peur à Sophie Koch, et l’on apprécie la netteté de son timbre qui sied à l’égocentrique et exigeante Genièvre. Néanmoins on regrette la mièvrerie des attitudes et de la gestuelle qu’impose la mise en scène. Côté second rôle on saluera particulièrement la douceur de la voix du jeune Cyrille Dubois en laboureur, de même que l’étincelant Stanislas de Barbeyrac en Lyonnel, fidèle écuyer de Lancelot.

Si la musique et le chant  brille par leur perfection, la mise en scène, souvent mielleuse, ne convainc pas et les décors manquent de charme. Alors que la scène de Bastille offre des possibilités infinies par son immensité comme par la machinerie à disposition, Graham Vick et Paul Brown sont allés au plus simple. Le rideau s’ouvre sur une toile peinte en fond, représentant la colline de Glastonbury alors que la scène se retrouve pavée de grossières fleurs jaunes. Des cintres, comme pour symboliser le caractère céleste de la mission d’Arthus, descendront les pans d’une maison que l’on assemblera au centre d’un cercle d’épée, figuration de la table ronde. Au cœur de la maison, un canapé rouge vif d’inspiration sixties particulièrement tape à l’œil, allégorie de la superficialité et de l’égotisme. Côté costume, les hommes principalement vêtus comme des ouvriers arborent sweats colorés, baggys et bottes de chantiers, alors que  les femmes, sont quant à elles figées dans les années 60 : couleurs tapageuses et assortiments de mauvais goût au programme. Seule Genièvre, l’épouse infidèle, la tentatrice passionnée, tranche en étant toujours vêtue de blanc. Chaque acte verra le décor se délabrer, et décrépir un peu plus au fur et à mesure que chute le monde utopique d’Arthus et que tombent les illusions. Ainsi la maison sera-t-elle retournée à l’acte II tandis que s’entérine la trahison, puis ses pans serviront de cabane de fortune et son canapé de feu de camps à Genièvre et Lancelot alors que s’engage la bataille funeste.

On ne peut pas dire que l’ensemble soit incongru, néanmoins il apparaît à la fois trop simple et disgracieux, particulièrement pour une scène comme Bastille. A la modernité ne doit se suppléer le style et l’ambition. Un hic scénographique qui transforme cet évènement opératique et production particulièrement attendue en demi-succès. Sans tomber dans les clichés, ou dans l’archaïsme, on aurait simplement souhaité plus de grandeur, de finesse et de réflexion.

Visuels : Le Roi Arthus © Andrea Messana – Opéra national de Paris

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Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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