Opéra
Elégant Pelléas et Mélisande d’Eric Ruf au Théâtre des Champs-Elysées

Elégant Pelléas et Mélisande d’Eric Ruf au Théâtre des Champs-Elysées

10 mai 2017 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 17 mai, le Théâtre des Champs Elysée propose une version marine, obscure et fascinante du Pelléas et Mélisande de Debussy. Avec une direction impressionnante de Louis Langrée, l’Opéra National de France, une mise en scène par l’administrateur général de la Comédie Française, Eric Ruf, des costumes Christian Lacroix et deux grande voix françaises dans les rôles titres : Patricia Petibon et Jean-Séabstien Bou, c’est une certaine idée de l’élégance à la Française que défend cette production.
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Adaptée par Claude Debussy en 1902, la pièce de Maurice Materlick, Pelléas et Melisande (1893) est l’une des œuvres symbolistes les plus puissantes. Comme Tristan et Iseut, Pelléas et Mélisande s’aiment et c’est interdit parce que Mélisande est à Golaud…

Alors que dans les rôles-titres, le baryton Jean-Sébastien Bou impressionne et Patricia Petibon incarne avec force dans la pénombre et la voix et les fameux « longs cheveux » de l’héroïne, la performance de l’Orchestre National de France dirigée par Louis Langrée se savoure à chaque instant : rythme enlevé, nuances d’une subtilité époustouflante et suavité de la musique sont une véritable fête. En Golaud, le baryton-bass Kyle Kelsten impose un charisme et une diction remarquables.

Cette harmonie musicale est d’autant plus marquée que la mise en scène d’Eric Ruf renvoie comme un miroir soyeux vers la musique. Le metteur en scène a en effet décidé de jouer avec une lumière qu’il appelle « omniabsente », nous plongeant dans une pénombre mordorée qui cache les corps des chanteurs pour nous pousser vers une offrande musicale. C’est dans le girond maritime et breton d’une crique sombre où des rochers scintillent sous des voiles que commence l’opéra. Au troisième acte, la lumière vient du costume klimtien de Mélisande perchée dans sa tour et caressant de ses cheveux roux le corps de Pelléas au pied de ce phare d’un genre nouveau. Tout cela est mystérieux, reposant et un peu vénéneux, dans un bain de pénombre sobre qui signe une certaine idée de l’élégance à la Française. Pas de grand message pour notre temps à trouver dans le malheur des amants maudits, donc, mais un art pour l’art parfaitement exécuté par un casting parfait où une certaine idée de la France nous replonge aux sources symboliques de la Belle Epoque.

visuels : © Vincent Pontet

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