Opéra

Ouverture de saison lyonnaise sous le signe de Méphistophélès

Ouverture de saison lyonnaise sous le signe de Méphistophélès

15 octobre 2018 | PAR Gilles Charlassier

L’Opéra de Lyon ouvre sa saison avec une rareté, Mefistofele de Boïto, dans une mise en scène dispendieuse réglée par Àlex Ollé et ses comparses de la Fura dels Baus, sous la baguette de Daniele Rustioni.

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L’Opéra de Lyon manifeste depuis longtemps un appétit certain pour les ouvrages négligés du répertoire, et Serge Dorny sait doser avec tact sa programmation pour attiser la curiosité de son public, sans se contenter cependant d’effets de niche. Inspiré par le mythe de Faust, Mefistofele a été créé en 1868 à La Scala de Milan. C’est un échec. Sept ans plus tard, Boïto, que l’on connaît surtout comme le dernier librettiste de Verdi, celui d’Otello, de Falstaff et de la révision de Simon Boccanegra, fait donner à Bologne une seconde version, qui rencontrera davantage de succès. L’oeuvre traversa les Alpes pour la première fois à Nantes en 1887, dans une traduction française. Mais, à part quelques pages qui se sont forgées une réputation certaine, plus particulièrement l’air du héros satanique, « Son lo Spirito che nega », ponctué par une stridence de sifflet, l’opus est demeuré bien discret sur les affiches, même si frémit un récent regain d’intérêt – une mise en scène de Jean-Louis Grinda, venue de Monte-Carlo, a ouvert le festival d’Orange cet été. Il n’en reste pas moins que la coproduction avec Stuttgart confiée à Àlex Ollé est la seule nouvelle de la saison sur la planète lyrique.

Celui qui est sans doute le plus connu des six directeurs artistiques de La Fura dels Baus a tenté de mettre en avant la contemporanéité de l’argument. Le rideau se lève sur une salle de dissection stérile, entre le laboratoire et l’Education Nationale, où des figurants en tenue de protection contre la radioactivité semblent extraire des organes pour les plonger dans le formol de l’éternité – une relecture du fantasme faustien à l’aune de la manipulation biologique, sans doute. Cette vision d’avenir du Paradis se soulève ensuite pour faire place aux ténèbres d’ici-bas dans lesquels Méphistophélès est précipité après s’être mutilé le coeur, tel un ange déchu, au diapason de ce qui fait son essence même. Entre vision et littéralisme, le Prologue fait ensuite place à un dispositif d’échafaudage conçu par Alfons Flores. Les prémisses initiales cessent alors apparemment de préoccuper le propos, du moins son premier plan. La Nuit de Sabbat du deuxième acte est éclaboussée des modulations d’une boule à facettes réglée par Urs Schönebaum. L’effet de ses lumières distrait selon une esthétisation efficace autant de l’extravagance colorée des costumes de Lluc Castells que d’une difficile lisibilité du drame dans la foule touffue des libations diaboliques. La seconde partie de la soirée se révèle plus décantée, aidée sans doute par l’évolution de la partition, avec un troisième acte condensé en un trio passionnel dans lequel Marguerite termine sur la chaise électrique, quand le quatrième prend l’allure d’un duo amoureux entre Faust et Elena, sans la surcharge de la première Walpurgis. L’Epilogue s’achève sur un triomphe céleste où le retour de la configuration initiale sert d’arrière-plan à la mort de Faust signant l’échec et la condamnation de Méphistophélès, chaperonnée d’anges ailés comme des danseurs de can-can. A l’évidence, la cohérence scénographique, coloré d’un kitsch habile, dépasse nettement celle du discours dramaturgique.

Dans la fosse, Daniele Rustioni démêle les beautés de la musique, parmi lesquelles on retiendra les vastes séquences chorales en ouverture et en coda. Il est secondé par les Choeurs et la Maîtrise de l’Opéra de Lyon, préparés respectivement par Johannes Knecht et Karine Locatelli, avec un engagement appréciable. La fougue imprimée par le chef italien ne saurait cependant faire oublier une instrumentation parfois pataude, en particulier les couleurs discutables de la fanfare, même si certains détails de l’harmonie ne manquent pas de saveur – cor anglais ou basson par exemple. Les qualités de l’écriture semblent néanmoins plus sensibles après l’entracte. Côté plateau vocal, John Relyea souligne la noirceur du rôle-titre, quitte à privilégier une puissance un peu charbonneuse. Paul Groves imprime à Faust une fébrilité non dénuée d’intelligence, qui ne saurait faire oublier les limites, singulièrement dans un aigu plus d’une fois en délicatesse avec la vaillance, sinon la justesse. C’est Evgenia Muraveva, Margherita puis Elena, qui se distingue avec le moins de réserve : la richesse du timbre charnu rend justice à la sensualité de l’amoureuse et plus encore à celle de la figure antique. Agata Schmidt ne lui fait pas inutile concurrence en Martha et Pantalis, quand Peter Kirk affirme une saine et égale clarté en Wagner et Nereo. Une redécouverte non dénuée d’intérêt, mais qui ne saurait occulter une autre adaptation du drame de Goethe, un véritable chef-d’oeuvre : Doktor Faust de Busoni.

Mefistofele, mise en scène Àlex Ollé, Opéra de Lyon, jusqu’au 23 octobre 2018

© Mar Flores © Jean-Louis Fernandez

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Gilles Charlassier

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