Opéra

Un Onéguine de bonne facture à Reims

Un Onéguine de bonne facture à Reims

17 mars 2018 | PAR Gilles Charlassier

Coproduit avec Metz, la nouvelle mise en scène d’Eugène Onéguine de Tchaïkovski réglée par Pénélope Bergeret que présente l’Opéra de Reims se distingue par ses qualités narratives, dans un décor d’allure traditionnelle et de bonne facture.

[rating=4]

Il n’est heureusement pas toujours nécessaire de chercher une relecture iconoclaste pour donner vie aux œuvres du répertoire. Si elle prend le parti d’une relative sagesse illustrative, la mise en scène de Pénélope Bergeret ne se laisse pas confire dans une naphtaline muséale. Le décor de grandes fenêtres de bois clair dessiné par Benoît Dugardyn a vue sur un panorama de papier glacé, qui, au gré de l’intrigue, passe d’un blond champ de blés au pied de la maison des Larina, à une forêt de bouleaux en tenue hivernale où se tiendra le duel, avant la perspective urbaine à Saint-Pétersbourg depuis la noble demeure du comte Grémine. Les lumières pastel de Patrice Willaume donnent à l’artifice une sorte de naturel nostalgique, au diapason de l’ouvrage et des costumes de Julie Lance, au littéralisme peut-être un peu amidonné, entre autres dans le folklore de l’anniversaire de Tatiana. Assumant un classicisme que d’aucuns réduiraient au traditionnel, le travail de la metteur en scène révèle une belle clarté narrative, et, secondée par une direction d’acteurs simple et efficace, sait concentrer l’attention sur les émotions des personnages – les souvenirs de la veuve Larina, aux côtés de Filipievna, la nourrice, la jalousie de Lenski ou encore le retour d’Onéguine au dernier acte.
Tchaïkovski recherchait d’abord la sincérité des sentiments, et avait confié la création à de jeunes chanteurs, étudiants au Conservatoire de Moscou. Naïve sans doute pour certains, cette conception psychologique n’en reste pas moins juste et touchante, et le plateau rémois l’incarne sans réserve. A rebours des Onéguine plus calculateurs, celui de David Bizic se montre nettement plus sympathique qu’à l’ordinaire – et que chez Pouchkine. Le solide baryton serbe, au bronze ample et avec un grain de voix qui rappelle ça et là un Peter Mattei, en fait un mélancolique en quête de lui-même qui s’ennuie et ne cherche pas à provoquer ni blesser. Presque débonnaire, il suscite davantage l’empathie du spectateur que le jaloux et irascible Lenski de Jonathan Boyd, personnage pour lequel usuellement le public éprouve davantage de compassion. Seul l’adieu du poète à la vie, avant de mourir sous le feu de son ancien ami, abandonne l’orgueil.
Isabelle Cals résume une Tatiana dolente, privilégiant l’expressivité à une rondeur après laquelle elle ne court pas inutilement. Julie Robard-Gendre séduit par l’homogénéité et la puissance de son Olga. On retiendra le généreux Grémine de Misha Schlomianski, basse à la ligne longue mais sans lourdeur, qui évite l’écueil de la maturité paternaliste. Ce même souci de la santé vocale s’entend dans la veuve Larina de Marie Gautrot et la nourrice, Filipievna, campée par Cécile Galois. L’intervention assez monochrome du Triquet de Lars Piselé convainc moins. Préparés par Hélène Leroy, les choeurs se joignent aux danseurs de l’Opéra de Metz pour faire vivre les ensembles, tandis que la direction de Benjamin Pionnier s’attache à restituer l’essentiel des ressources de la partition. En somme, une fort honnête soirée !

Gilles Charlassier


Eugène Onéguine
, Tchaïkovski, mise en scène : Pénélope Bergeret, Opéra de Reims, du 16 au 18 mars 2018

©Arnaud Hussenot – Opéra-Théâtre de Metz Métropole

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Gilles Charlassier

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