Opéra

L’Histoire du soldat revisitée à Lyon

L’Histoire du soldat revisitée à Lyon

29 avril 2018 | PAR Gilles Charlassier

Conte musical de Stravinsky sur un texte de Ramuz créé il y a tout juste cent ans, L’Histoire du soldat est revisitée à l’aune de notre modernité par Alex Ollé et la Fura dels Baus par l’Opéra de Lyon, hors de ses murs, au Radiant-Bellevue de Caluire.

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Avec sa partition mêlant l’effectif de chambre aux influences croisées du jazz, du ragtime, du tango et du cirque, L’Histoire du soldat se prêtre idéalement à la rusticité des tréteaux, à même de faire ressortir la saveur de fable d’un sujet renouvelant le mythe du pacte faustien. Ce n’est pas la conception d’Alex Ollé et de sa Fura dels Baus. En lieu et place de la fantaisie fantastique, un dispositif vidéo illustratif, réglé par Emmanuel Cellier, qui investit l’habile scénographie de Lluc Castells, plaçant les musiciens au-dessus de l’espace dramatique, un lit d’hôpital sur lequel végète un corps dans le coma. Après quelques répliques introductives sur le promontoire, le narrateur rejoint la partie inférieure au terme d’une longue marche au milieu de champs nus, projetée en imitation du texte sur le carrelage clinique, avant de pousser la porte de la chambre. L’illusion fonctionne, et constitue sans doute l’essentielle trouvaille d’un spectacle qui se refermera comme il a commencé, à la manière d’une boucle imaginaire.
Car le propos devient rapidement pesamment démonstratif : si, pour mieux faire ressortir l’intimité psychologique, la voix du Malin se confond avec celles du héros et du narrateur en un seul interprète, Sébastien Dutrieux, dont on peut saluer l’endurance et l’investissement, le ressassement des traumatismes de la guerre et le premier degré des images finissent par lasser. L’idée de mettre en évidence l’impuissance du bidasse, spectateur de son destin, ne manque certes pas d’intérêt et donne une consistance quasi réaliste à l’ellipse temporelle – trois jours devenus trois années – et au sommeil dans la demeure du Diable, qui devient un rapt hors de la réalité comme peut l’être un accident ou une blessure au combat qui laisse inconscient. La fiancée s’est ainsi trouvée un nouveau compagnon, la mère pleure son fils condamné, et avant de débrancher le patient, on lui remet, à titre presque posthume les honneurs militaires. Mais à trop vouloir chercher une vraisemblance narrative, on finit par châtrer la poésie originale de l’oeuvre, qui devient une sorte de prétexte à une édification morale où l’interprétation ne laisse pas poindre le soupçon d’ironie que l’on y attend, sans compter que le bruit de fond, réglé par Josep Sanou, impose d’envahissantes et ininterrompues palpitations ventriculaires et médicales – on passera sur les allers et venues des infirmières et techniciens de surface.
Sur cette cohérence dramaturgique, les sept musiciens de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon distillent les couleurs et les rythmes d’une partition éclatée en de multiples numéros, sans parvenir à se faire le moteur de la pièce qu’il devrait être : le dispositif le relègue presque au rang de bande sonore. La profusion de moyens a sans doute trahi Stravinsky et Ramuz. Reste à saluer l’initiative de l’Opéra de Lyon d’investir d’autres salles, contribuant à un appréciable maillage territorial et culturel.

Gilles Charlassier

L’Histoire du soldat, Stravinsky, mise en scène : Alex Ollé/la Fura dels Baus, Opéra de Lyon, Le Radiant-Bellevue, Caluire, du 25 au 29 avril 2018

©Stofleth

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