Opéra
Il Matrimonio segreto à Nancy : une plaisante découverte sans surprise

Il Matrimonio segreto à Nancy : une plaisante découverte sans surprise

08 février 2017 | PAR Elodie Martinez

Du 31 janvier au 9 février, l’Opéra national de Lorraine donne à Nancy Il Matrimonio segreto, un opéra rarement donné et peu connu de Domenico Cimarosa sur un livret de Giovanni Bertati. Une redécouverte qui, si elle n’offre pas vraiment d’originalité au niveau de l’oeuvre n’en offre pas moins une soirée agréable.

[rating=3]

L’histoire n’est en effet pas très surprenante : Paolino et Carolina sont amoureux alors qu’ils ne sont pas de la même condition. Ils s’aiment donc en secret et se sont mariés tout aussi secrètement, mais ignorent comment l’annoncer à Geronimo, le père de Carolina. Paolino a cependant une idée : étant parvenu à conclure un beau mariage pour la soeur de sa femme, Elisetta, avec le Comte Robinson, il espère que son beau-père lui sera assez redevable afin de pouvoir lui annoncer la nouvelle. Le problème est que le comte est immédiatement séduit par Carolina et non par Elisetta! Ô désespoir de Paolino, ô situation cocasse qui amène le jeune couple à l’idée de fuir. Il est finalement conclue que Carolina sera envoyée au couvent afin qu’Elisetta puisse épouser le comte et que Fidalma (leur tante) puisse épouser… Paolino qu’elle aime de moins en moins secrètement! Le jeune couple est révélé au moment de leur fuite et avoue tout, entraînant une brève colère de Geronimo avant que tout le monde ne se réjouisse du bonheur des mariés! Une histoire qui rappelle donc de nombreux ressorts théâtraux.

La mise en scène de Cordula Däuper nous place dans une maison de poupée tournante dans laquelle les personnages évoluent tels des poupées, un univers acidulé qui exploite le potentiel comique de l’oeuvre mais qui bascule parfois dans le « scabreux », ou l’évidence trop marquée : nous devinons par exemple dès le début la grossesse de Carolina grâce ou à cause de ses nausées, son appétit nocturne ou encore le fait qu’elle ne cesse de se toucher le ventre. Peu de surprise donc, de même que dans la musique qui a des airs de Mozart, mais cela n’en rend pas moins la soirée plaisante. L’humour parfois un peu lourd de la mise en scène n’est en rien un frein à l’humeur globale de la soirée et voir ainsi évoluer la maison de poupée et ses habitants (après l’introduction durant laquelle chacun se présente à l’aide d’un panneau) reste plutôt plaisant.

Côté voix, le jugement est bien plus positif et moins balancé : Donato di Stefano est un Geronimo de premier ordre avec ses joues roses et son timbre de basse. Il fait un père manipulateur manipulé très convaincant. Lilian Farahani et Maria Savastano forment un duo Carolina/Elisetta qui rappelle parfois soeurs que sont Javotte et Anastasie dans leur crêpage de chignon incessant. Vocalement et scéniquement, elles interprètent leurs rôles avec malice. Dans le rôle de Paolino, le ténor Anicio Zorzi Giustiniani est pour nous une très belle découverte grâce à son timbre clair, sa forte projection et son jeu convaincant dans la caricature. Cornelia Oncioiu est une Fidalma sans grand défaut, tandis que la basse Riccardo Novaro marque les esprits en Comte Robinson, très drôle et en même temps attachant dans l’amour sincère qu’il porte à Carolina. Sa voix profonde est quant à elle largement à la hauteur de celle de ses compères. Sascha Goetzel dirige pour sa part avec brio un Orchestre symphonique et lyrique de Nancy très en forme même si la partition musicale ressemble à une sorte de « mixe » de Mozart, n’entraînant finalement pas de grande découverte de ce côté-là.

Une soirée plutôt agréable donc. Si l’oeuvre ne marque pas particulièrement les mémoires et que la mise en scène n’offre pas spécialement de surprise, on n’en ressort pas moins sans avoir passé un bon moment.

©Opéra national de Lorraine

Infos pratiques

Salle des Fêtes
Théâtre de la Gaîté-Montparnasse
Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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