Opéra

La Clémence de Titus de Mozart à l’Opéra Garnier.

La Clémence de Titus de Mozart à l’Opéra Garnier.

21 novembre 2017 | PAR David Rofé-Sarfati

Cette production de La Clémence de Titus, signée par l’Allemand Willy Decker, date de 1997. Elle est reprise avec raison et bonheur car elle est un bel ouvrage, un joli spectacle de fin d’année, à l’excellence classique. 

Un magnifique classique à Garnier.

Écrite après La Flûte enchantée, La Clémence de Titus reste l’ultime opéra de Mozart. Crée à l’occasion du couronnement de Léopold II comme roi de Bohême, oeuvre de  commande, la demande imposait un opéra seria sans aucune fantaisie comique. Cet opéra sur le pouvoir de l’empereur Titus est une réflexion sur la faute et le pardon. La reprise de la solide production de Willy Decker, au Palais Garnier, permet d’entendre quelques superbes voix du moment: le bedonnant, mais toujours aussi fantastique Ramon Vargas, ou Amanda Majeski ou encore la brillante Stephanie d’Oustrac dans le rôle de travesti de Sesto. L’air de Sextus Parto, parto, le rondo de Vitellia Non più di fiori  sont applaudis par le public enthousiaste. L’orchestre de l’Opéra sous la baguette du chef Dan Ettinger honore et restitue autant la gravité que la délicatesse d’une musique à la douce intensité.

L’esprit de Mozart, la chromatique piedestalisation de Titus.

Le spectacle fonctionne d’abord car il est servi par des talents immenses; ensuite, parce que le choix d’une mise en scène résumée en un motif unique, une statue de Titus, amplifie la force du propos et par le truchement de cette force brute ouvre à des réflexions aussi cardinales que variées. L’essentiel du décor est un immense bloc de marbre dans un cadre décentré et affaissé. Au sein de ce bloc et au fil de l’intrigue émergera le visage de Titus.  Autour de cette sculpture en formation, des morceaux de pierre excédent de l’ouvrage gênent les déplacements des protagonistes. Le buste à la gloire de Titus connait des résidus car statufier produit des déchets. On ne déifie pas un homme sans en aliéner d’autres. A l’antépénultième scène la statue a disparu au profit du seul fauteuil royal que Vittelia fera chuter dans la rage de son désir et de sa déception. Titus retrouve ensuite son buste, mais l’homme clément, empereur miséricordieux semble petit devant son effigie. Dans les pas du Mozart franc-maçon et amoureux des symboles, Decker invente un motif qui ouvre à des interprétations riches et parce que le geste est juste, le résultat est une réussite parfaite; et nous laisse à nos réflexions sur l’amour, le destin, le pouvoir, et le pardon.

 

 

La Clémence de Titus
Musique Wolfgang Amadeus Mozart
Livret Pietro Metastasio En langue italienne
Adaptation musicale Caterino Mazzolà
Direction musicale Dan Ettinger
Mise en scène Willy Decker
Tito Vespasiano Ramón Vargas.
Vitellia Amanda Majeski
15, 18, 20, 28 nov., 17, 21, 25 déc.
Servilia Valentina Nafornia
15, 18, 20, 23, 25, 28, 30 nov., 3, 5, 8 11, 14, 17, 21, 25 déc.
Sesto Stéphanie d’Oustrac
Annio Antoinette Dennefeld
15, 18, 20, 28 nov., 17, 21, 25 déc.
Publio Marko Mimica
Décors John Macfarlane
Costumes John Macfarlane
Lumières Hans Toelstede
Chef des Choeurs Alessandro Di Stefano

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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