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« Bohème, notre jeunesse » : l’opéra de Puccini redux, intime et poignant à l’Opéra Comique

« Bohème, notre jeunesse » : l’opéra de Puccini redux, intime et poignant à l’Opéra Comique

10 juillet 2018 | PAR Yaël Hirsch

La metteuse en scène Pauline Bureau et le compositeur Marc-Olivier Dupin ont revu sans corriger l’opéra de Puccini La Bohème dans une version courte et facilement accessible sous-titrée « Notre jeunesse ». Une merveille d’opéra concentré, intime, historique, bouleversant. À ne pas manquer. 

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Dès le lever de rideau, on se rend compte que l’on tombe avec Pauline Bureau dans une version parfaitement fidèle à Murger, à l’histoire de l’Opéra Comique (des centaines de représentations de La Bohème principalement en français dans une traduction de Paul Ferrier depuis 1898) et aussi à Puccini. Pénombre délicate, costumes Belle Epoque époustouflants et structure métallique rappelant la Tour Eiffel et l’Exposition universelle de 1889 rendent le passé intime. Quelques projections permettent d’entrer dans le voisinage des artistes pauvres et camarades, Rodolphe, Marcel et Colin, un peu comme dans La Vie, mode d’emploi de Georges Perec. Et de suivre l’arrivée de la voisine, la douce Mimi qui a égaré ses clés et souffle sa bougie.

Alors que l’intrigue se fédère sur les deux couples Rodolphe / Mimi et Musette/ Marcel, l’acte suivant élargit le prisme à la rue sans perdre de son clair-obscur. La musique accomplit le même souci d’économie respectueuse, l’accordéon remplaçant le piano et la formation de musiciens restant au plus près et au creux de la partition. Aux commandes de sa formation légère, Les Frivolités Parisiennes, la direction de Alexandra Cravero est à la fois subtile et rythmée.

Les voix, elles, sont admirables : la clarté de Sandrine Buendia en Mimi, la puissance et la sensualité de Marie-Eve Munger en Musette, le timbre pur de Jean-Christophe Lanièce et celui cuivré et tellement original de Kevin Amiel, font de cet opéra pour « notre jeunesse » mais finalement pour tous un festin lyrique. Le jeu, la lumière et la scénographie si touchante d »Emmanuelle Roy et Pauline Bureau font le reste : l’on sort profondément bouleversés de ces destins qui se sont précipités devant nous comme des trajectoires d’amis intimes à cent ans de distance. A voir absolument, avec ou sans jeunesse à ses côtés, avant le 17 juillet.

Durée du spectacle : 1 h 40.


Visuel : affiche officielle et photos mise au service de la presse : (c) Pierre Grosbois

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III).Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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