Opéra

Au Théâtre des Champs Elysées, un Castor & Pollux kitsch et survitaminé

Au Théâtre des Champs Elysées, un Castor & Pollux kitsch et survitaminé

16 octobre 2014 | PAR Victorine de Oliveira

Jusqu’au 21 octobre, le Théâtre des Champs Elysées ouvre sa saison lyrique avec une nouvelle production du Castor & Pollux de Jean-Philippe Rameau.

On ne sait pas ce qu’a mangé Hervé Niquet avant de monter sur scène pour la première de Castor & Pollux lundi 13 octobre, mais on parierait volontiers sur un mélange de boisson hautement énergétique, de gingembre et de vitamine C hyper concentrée. C’est branché sur une prise 220 000 volts que le chef du Concert spirituel dirige l’opéra de Rameau ! Ballets, airs et récitatifs s’enchaînent dans un tourbillon entraînant, au détriment toutefois de certaines belles pages que l’on aimerait plus contemplatives (l’air « Tristes apprêts, pâles flambeaux », notamment). Il y a de la nervosité, de l’enthousiasme et de l’appétit dans la baguette du chef et les archets de ses musiciens !

Mais revenons à l’intrigue. Pollux, roi de Sparte, doit épouser Télaïre, qui, elle, se verrait plutôt au bras de son frère, Castor. Pollux, bonne pâte, consent à leur union. C’est sans compter la sœur de Télaïre, Phoebé, qui aime aussi Castor. Un peu magicienne et très jalouse, Phoebé attise l’esprit guerrier de quelques héros fort testostéronés. Castor meurt au combat : consternation générale. L’opéra se serait arrêté là, n’était la divinité des protagonistes. Rien de moins qu’à papa Jupiter, Pollux propose de remplacer son frère aux Enfers, et de sacrifier ainsi les plaisirs offerts par l’Olympe. Moultes péripéties plus tard, au cours desquelles les deux frères font preuve d’un dévouement et d’une loyauté remarquables, tout ce petit monde se trouve à nouveau réuni, béni par le sceptre de Jupiter.

Sourire à part, l’œuvre est une belle méditation sur l’immortalité, ici vécue comme un poids sans les attachements de l’amour et de la fraternité, et la quête, somme toute bien humaine, du bonheur. « Tout l’éclat de l’Olympe est en vain ranimé, le Ciel et le bonheur suprême sont aux lieux où l’on aime, sont aux lieux où l’on est aimé », répond Pollux aux Plaisirs célestes, venus le convaincre de renoncer à descendre aux Enfers. C’est poussé par une « douleur mortelle » qu’il part à la recherche de Castor.

La mise en scène de Christian Schiaretti, kitsch et quasi-pompière, est toutefois à mille lieues de tout questionnement philosophique. Une salle à fresques pseudo-antiques et à colonnes dorées, une direction d’acteurs plus que minimale… on se croirait dans un théâtre d’un autre âge. Sans parler de la cuirasse brillante de Pollux aux pectoraux bien moulés (Brad Pitt en Achilles, sort de mon esprit…), des boucliers à pointes et autres casques hellénisants… Bienvenue dans Sparte version 300 ! Le meilleur reste pour la fin : un écran vidéo où, par effet d’optique, on plonge à vive allure dans un ciel étoilé, puis dans la ronde des signes du Zodiaque… L’ensemble est ponctué des ballets chorégraphiés par Andonis Foniadakis, qui met sur le même plan gestuel plainte mélancolique, scènes de liesse ou de guerre.

Côté distribution vocale, ce n’est guère plus brillant. On attendait beaucoup de la soprano Omo Bello, nommée pourtant dans la catégorie « Révélation artiste lyrique » aux Victoires de la musique 2014. C’est une voix souvent mal placée que l’on découvre, à la diction hasardeuse (le chant ramiste l’exige pourtant pensée à chaque lettre !) et fragilisée par des ornementations lancées au petit bonheur la chance. Un autre répertoire la mettrait peut-être plus en valeur ? Le Castor de John Tessier n’a pas beaucoup plus de tenue, et le Pollux d’Edwin Crossley-Mercer, s’il s’arrange mieux du redoutable Rameau, chante un peu en force. Du côté des seconds rôles et du chœur, on trouvera davantage son bonheur. Jean Teitgen déploie de son ample et solide voix de basse un Jupiter en  majesté. La surprise vient de Reinoud van Mechelen, ténor au rôle aussi ténu que sa voix bouleverse. En lieu et place d’un athlète et de Mercure, que ne chante-t-il pas l’un des rôles titres ?

Hervé Niquet a suffisamment de force et d’énergie pour emporter la troupe sous sa direction vivifiante. Mais tout un opéra sur les épaules d’un seul homme doit bien autant peser que l’immortalité…

© Vincent Pontet-WikiSpectacle

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One thought on “Au Théâtre des Champs Elysées, un Castor & Pollux kitsch et survitaminé”

Commentaire(s)

  • béatrice

    Épouvantable ce spectacle! d’un ennui à mourir sur le plan scénique car en effet c’est service minimum au niveau de idées et d’une lecture de l’oeuvre tandis que la rapidité excessive de la direction d’orchestre est en totale contradiction. Fuyez!

    octobre 16, 2014 at 12 h 42 min

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