Opéra
A Nancy, un Coq d’or…et à l’or fin

A Nancy, un Coq d’or…et à l’or fin

15 mars 2017 | PAR Elodie Martinez

Du 12 au 21 mars, l’Opéra national de Lorraine donne à Nancy Le Coq d’or de Rimski-Korsakov dans une nouvelle production mise en scène par Laurent Pelly. Cette dernière a déjà été donnée à Bruxelles en décembre dernier où elle avait ravi le public belge. Qu’en est-il de français?

[rating=3]

Issu d’un conte russe de Pouchkine, le Coq d’or conserve l’atmosphère propre à ce genre littéraire, à la fois merveilleux et angoissant, caractéristiques que l’on retrouve dans la mise en scène intelligemment construite de Laurent Pelly sur laquelle nous reviendrons plus loin. L’histoire s’ouvre sur le personnage de l’Astrologue expliquant qu’il a le « don extraordinaire de faire surgir les ombres et d’insuffler la vie aux coeurs inanimés ». Il prévient alors que « sous vos yeux vont prendre vie les masques étranges d’une fable ancienne. Elle n’est que fiction, mais contient peut-être un message pour qui veut l’entendre ». Nous voilà donc prévenus…

La fable en question s’articule autour du tsar Dodon, souhaitant gouverner depuis son lit principalement en mangeant et en dormant. Malheureusement, ses états voisins le menacent et ne cessent de l’attaquer. Comment donc pouvoir dormir tranquillement? Ce ne sont pas ses deux fils idiots passant le temps à se disputer qui peuvent l’aider : la bêtise des solutions qu’ils proposent est soulignée par le général Polkan. Arrive alors l’astrologue qui offre au tsar son coq d’or, l’animal le prévenant par son chant si tout va bien ou si un danger arrive. Heureux, le souverain promet d’offrir à l’astrologue tout ce qu’il souhaite et ce dernier repart avec cette promesse. Arrive malheureusement une guerre dans laquelle les deux tsarévitchs s’entre-tuent tandis que Dodon, à la recherche de l’ennemi, tombe sur la reine de Chemakha qui le séduit. Ils rentrent alors au palais pour préparer le mariage, et c’est alors que l’astrologue vient réclamer son dû, qui s’avère être la reine. Le tsar, fou de rage, le tue alors avant de s’inquiéter des conséquences de son acte. Sa future épouse commence par la rassurer avant de brutalement changer de ton et de l’insulter, lui et son peuple. Quant au coq d’or, il vient tuer le tsar d’un coup de bec avant que la reine ne disparaisse. Le peuple pleure alors son souverain défunt et se demande ce qu’il va devenir. L’astrologue se relève alors, nous expliquant : « ainsi s’achève notre fable. Mais ne vous laissez pas troubler par son issue sanglante, aussi pénible soit-elle. Seuls la reine et moi-même étions bel et bien vivants. Les autres personnages ne sont que songe, pâles fantômes, pur néant… »

La mise en scène de Laurent Pelly nous plonge entièrement dans cette fable, présentant d’autant plus l’astrologue comme un personnage mystérieux et inquiétant : lors de son introduction, seule sa tête dépasse du rideau de scène et s’élève de plus en plus haut. Le processus sera répété pour sa conclusion avant que le rideau ne se rouvre sur un champ de cadavre, le peuple nous apparaissant mort au pied de son tsar, l’astrologue volant dans les airs avec un rire diabolique ou du moins effrayant.

L’atmosphère globale choisie par le metteur en scène supprime les couleurs : la scène est recouverte de terre foncée ou de charbon, les décors et les costumes façonnés dans les nuances de gris, comme pour marquer l’idée qu’il ne s’agit pas de la réalité. Point de tristesse dans ce choix où le jaune vif du coq d’or ressort d’autant plus, seul être coloré. Outre ce tas de terre/charbon, trône un grand lit démesuré dans lequel Dodon passe le plus clair de son temps. Une armoire de laquelle sortira Amelfa glissera depuis les coulisses latérales, mais peu d’objet de décors sont globalement à signaler, si ce n’est l’autre immense structure en forme de corne d’abondance métallique qui sert de tente à la reine dans l’acte II ou encore le lit posé sur les roues d’un tank dans le troisième acte. Cela n’empêche pas l’apparition de détails, tels que la tête coupées de Polkan ou le bout de la corne pointue remuant tel la queue d’un serpent… Quelques pointes d’humour font également leur apparition, notamment au début, toujours bien dosée pour ne pas desservir l’oeuvre tout en rappelant le caractère grotesque des personnages et l’amusement que doit aussi procurer un conte avant d’inquiéter. Dommage que le jeu du coeur ne soit pas toujours à la hauteur : dans l’acte I, le comportement des hommes ne fait pas assez penser à une basse-cour de gallinacés et le groupe des femmes venant changer la reine n’était pas entièrement coordonnée (l’une d’elle se relevait par exemple en reculant alors que les autres non). Pas de quoi gâcher cette mise en scène exceptionnelle pour autant! Seul bémol réellement notable : le choix de dissocier le coq sur scène de sa voix, cette dernière sortant des coulisses et étant alors à peine audible (on se demande comment ce cri peut alors servir d’alerte).

Côté voix, déception du côté de Vladimir Samsonov (Dodon) qui, s’il est un très bon acteur, manque cependant de projection dans son chant. Roman Shulakov (Gvidon) et Jarostaw Kitala (Afron) forment un duo qui fonctionne parfaitement en princes capricieux, même si malheureusement la voix du second semble un cran en deçà de celle du premier pour ce qui est de se faire entendre (certes, un baryton a plus de difficulté dans ce domaine qu’un ténor, mais la différence était ici assez importante pour être relevée). Mischa Schelomianski campe pour sa part un général Polkan tout à fait convaincant, de même que Marina Pinchuk en Amelfa, nourrice aimante et dévouée à Dodon, agacée face aux supplications et aux inquiétudes du peuple. Le grand plaisir vocal de la soirée revient cependant sans conteste à la reine Chemakha de Svetlana Moskalenko, dont les acrobaties vocales sont de belles prouesses ensorcelantes, parvenant à accomplir une gymnastique de notes sans efforts apparents, le tout sans que la prononciation n’en pâtisse, ce qui est assez exceptionnel vu les aigus demandés. Quant au jeu, il est tout aussi charmant que la voix. Enfin, Yaroslav Abaimov parvient à vaincre les notes insurmontables de la partitions de l’astrologue, y compris dans les notes les plus difficiles.

Enfin, Rani Calderon dirige de main de maître l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, calmant les ardeurs de ses musiciens à quelques reprises afin d’offrir un très bel équilibre orchestral, ayant toujours une oreille tournée vers la scène qu’il parvient à ne pas assiéger musicalement. Il laisse également entendre toute la puissance de la fosse lors du passage orchestral festif du troisième acte, faisant regretter le temps trop court de cet instant! Quant au choix du Lac enchanté d’Anatoli Liadov joué entre les actes 2 et 3, il trouve toute sa place dans l’enchantement global et est parfaitement exécuté, plongeant l’auditeur dans une atmosphère calme et paisible…

Une production portée par une mise en scène globalement très réussie, nous plongeant dans un conte fantastique grâce aussi aux excellents jeux d’acteur des interprètes qui, s’ils manquent parfois de projection, parviennent toutefois à nous emmener dans cet univers dont on oublie rapidement la fictivité…

©Opéra national de Lorraine

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Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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