Jeune Public

Les amours « Bastien et Bastienne », un opéra en un acte pour tous

Les amours « Bastien et Bastienne », un opéra en un acte pour tous

14 janvier 2019 | PAR Magali Sautreuil

Qui d’autre que Mozart aurait pu composer un opéra pour petits et grands ? Cet enfant prodige, plongé dans un monde d’adulte, a composé son premier opéra, « Bastien et Bastienne », à seulement douze ans. Maintes fois adapté, cette fois-ci par la compagnie de l’Éléchant, il nous plonge avec délice dans le monde merveilleux de l’enfance…

En guise de préambule, une pianiste nous invite à ouvrir grand les yeux et les oreilles pour découvrir l’histoire des amours de Bastien et Bastienne, puis prend place derrière son instrument. C’est à ce moment-là, qu’à notre grande surprise, sous notre regard amusé, le grand Wolfgang Amadeus Mozart en personne, Momo pour les intimes, jeune prodige de douze ans, un brin taquin, fait son apparition.

On comprend alors que nous n’allons pas simplement assister à la représentation d’un spectacle, mais aussi à sa création !  En effet, il est ici tout autant question des amours de Bastien et Bastienne que de l’histoire de la composition de cet opéra en un acte, créé par Mozart en 1768 et légèrement revisité pour l’occasion…

La brièveté et la légèreté qui le caractérisent en font par ailleurs une initiation parfaite à ce genre musical, souvent considéré comme élitiste.

Empreinte de simplicité, cette œuvre parvient à retranscrire parfaitement l’intensité des émotions propre à l’enfance. Et pour rester dans le monde merveilleux des enfants, la compagnie de l’Éléchant a imaginé un castelet représentant un jardin potager, sûrement celui de la châtelaine, ou la campagne environnante. Mais, à la différence des théâtres de marionnettes traditionnels, les trois comédiens, chanteurs et marionnettistes agissent à la vue et aux yeux de tous. Au lieu d’avoir un rideau qui les dissimule au regard du public, ils sont tous trois masqués par un loup, coiffés d’un béret et de noir vêtus, afin de rester assez discrets.

Et quand bien même ils auraient voulu être sur le devant de la scène, ils en auraient de suite été éclipsés par leurs marionnettes hautes en couleurs, au caractère bien marqué. En effet, la châtelaine est une dinde autoritaire endimanchée, dont les seuls attraits repose sur sa fortune, Bastien est un renard, qui malgré son amour pour Bastienne, ne peut s’empêcher de lorgner du côté de la poule aux œufs d’or, Bastienne, la mignonne petite lapine est une bergère sensible et incroyablement naïve, et enfin l’infâme maître Colas est un magicien certes de talent, mais aussi un fieffé calculateur, qui ne pense qu’à se remplir la panse.

À l’exception de notre cher Mozart, vous aurez sûrement constaté qu’aucun autre personnage n’est humain, ce qui donne à cet opéra un côté très visuel. Cela le rapproche également de la fable et du conte, deux genres prisés à la fois par les enfants et les adultes. On trouve d’ailleurs quelques allusions parodiques au Petit Chaperon rouge, au Corbeau et au Renard, à La reine des neiges (oui, encore elle !)… 

L’aspect conté est aussi renforcé par l’alternance entre les airs d’opéra et les saynètes parlées, qui viennent enrichir la narration. Ainsi combinés, opéra, théâtre et marionnettes forment un conte ludique et musical pour petits et grands.

Son histoire simple et efficace en fait une œuvre familiale, accessible dès le plus jeune âge et que les adultes pourront apprécier à l’orée de leurs propres expériences…

L’histoire nous relate les amours de Bastien et Bastienne, un jeune couple qui s’aime éperdument jusqu’à  ce que… le volage Bastien lorgne sur les atours de la châtelaine. Bastienne aux abois, se lamente d’abord, puis décide de passer à l’offensive, en confiant son sort aux mains du perfide maître Colas. Sa voix de soprano lui permet de jouer toutes les nuances du sentiment amoureux et de son désespoir. Mais dès qu’elle se met à parler, on devine sa niaiserie. D’ailleurs, crédule comme elle est, elle ignore que Colas se joue d’elle et qu’il a même accepté de réaliser un filtre d’amour pour la châtelaine, afin que Bastien soit sien car l’inconstant se lasse rapidement. Sa voix de ténor rend d’ailleurs assez bien compte de son insouciance et de sa jeunesse. Mais devant maître Colas, il n’en mène pas large… Bastien est même effrayé face à ce vieil homme, surtout lorsque celui-ci lui brandit son grimoire et commence à entonner une mystérieuse formule magique : Diggi, Daggi… L’atmosphère devient alors inquiétante. La répétition des notes, la voix de basse de Colas, les paroles incompréhensibles qu’il prononce, soulignées par une musique grave et sombre, amplifient cette ambiance oppressante. Le dixième air de cet opéra est réellement sublime…. Nul doute qu’après une telle démonstration, Bastien se tiendra à carreau ! Par contre, il ne lui saura aisé de reconquérir sa dulcinée et d’échapper à l’étouffante châtelaine. Heureusement, Mozart est là pour veiller au grain…

Bastien et Bastienne, opéra de Wolfgang Amadeus Mozart, interprété par la compagnie de l’Éléchant, du 31 décembre 2018 au 5 janvier 2019, du lundi au samedi à 14 heures, puis du 9 au 30 janvier 2019, les mercredis à 14 heures, au théâtre de Nesles, à Paris. Durée : 40 à 45 minutes. À partir de 3 / 4 ans.

 

Infos pratiques

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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