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Avignon Off : « La mécanique du cœur », un voyage riche en émotions

Avignon Off : « La mécanique du cœur », un voyage riche en émotions

20 juillet 2018 | PAR Magali Sautreuil

Première adaptation au théâtre du roman, soutenue et encouragée par son auteur, « La mécanique du cœur » est un voyage initiatique, qui s’adresse aux adultes comme aux enfants. Mais prenez garde à ce que le vôtre ne s’emballe pas, la pièce, riche en émotions, mettra votre cœur à rude épreuve !

1874. Il neige sur Édimbourg. C’est « le jour le plus froid du monde », le jour où Jack est né… avec un cœur gelé… Madeleine, la sage-femme, un peu sorcière sur les bords, spécialisée dans la réparation des personnes cabossées par la vie, lui bricole un cœur mécanique en forme de coucou.

La mécanique du cœur est une chose si fragile et si facile à enrayer… voire même à briser… Chaque battement de celui de Jack est, en soi, un petit miracle. Il ne faut surtout pas qu’il s’emballe : ses sentiments ne sont en effet pas aussi bien gérés par les rouages de l’horloge que par les organes et tissus humains. Toute émotion vive lui est donc formellement interdite. Il pourrait en mourir… Et pourtant, malgré cela, le petit garçon rêve de rencontrer des gens, de tomber amoureux, de vivre en somme comme quelqu’un de normal…

L’amour même lui est défendu. Pourtant, il ne put s’empêcher de tomber amoureux à la seconde où il aperçut pour la première fois, dans les rues d’Édimbourg, Miss Acacia, sa petite Flamme à lunettes. Une rencontre toute en musique, tellement romantique et si touchante par le côté un peu gauche des deux enfants.

Quel dommage que la bande originale du film d’animation, réalisée par groupe de rock français Dionysos, n’est pas été davantage exploitée ! Outre la Flamme à lunettes, on peut également entendre When the saints go marchin’in, que Joe et Jack revisitent à toutes les sauces : en version rap, sous forme d’hymne religieux… Avec un morceau aussi dynamique et déjanté, il n’est guère étonnant que Jack soit parvenu à oublier, un temps, ses problèmes !

Et des galères, il va en rencontrer de nombreuses. Il s’est en effet mis en tête de retrouver Miss Acacia coûte que coûte, un périple qui l’emmènera d’Édimbourg à Grenade en passant par Paris.

À Édimbourg, il se fera un ennemi juré : Joe, une grande teigne, bien campé par le comédien, qui considère Jack comme son bouc-émissaire, «le jouet sur lequel il passe sa colère et sa mélancolie».

À Paris, il gagnera un allié : Georges Méliès, un horloger-prestidigitateur dépressif « capable de foirer même les miracles » !

Rien ne pourra le détourner de son objectif, même sa mère adoptive. Il y a d’ailleurs un passage, à la mise en scène parfaitement pensée, qui traduit assez bien sa détermination : baigné dans une lumière bleutée, Jack, dans son lit, la tête sous ses couvertures, le visage éclairé par une lampe torche, ses pensées entièrement tournées vers Miss Acacia, n’entend pas Madeleine. Debout, isolée sur un côté de la scène, elle tente de le mettre en garde contre les risques de l’amour, mais ses paroles ne l’atteignent pas. Il est perdu dans ses rêves, et les tentatives de sa mère de le ramener à la réalité sont vaines.

C’est d’ailleurs ce qui fonde l’identité même de ce spectacle, à la fois poétique et onirique, mais également cruel et dur, comme peut l’être la vie. On y parle sans détour de la mort, on pleure la disparition des êtres qui nous sont chers (des scènes extrêmement émouvantes), mais on continue d’avancer, de rêver, même si l’on tombe, même si l’on prend des coups, même si on nous jalouse… Autant de sentiments et problématiques auxquels sont confrontés petits et grands. Et c’est d’ailleurs pour cela que l’histoire de Jack nous touche au plus profond de nous-mêmes et nous émeut à ce point.

Elle nous transporte dans son monde merveilleux et si semblable au nôtre, avec son décor artisanal fait de bric et de broc : un lit blanc à barreaux monté sur roulettes et une structure en bois multifonction en forme de coucou, qui sert tour à tour d’armoire, de loge, de support de pancarte… Simple et épuré, ce dernier se métamorphose lorsque Jack parvient à rejoindre Grenade. Sous nos yeux ébahis, avec l’installation de l’Extraordinarium de Miss Acacia, se déploie alors un véritable petit village, où tout le monde se connaît : on a vraiment l’impression d’être au cœur d’un camp de forains, quelque part dans le sud !

Mais ceux qui stimulent véritablement notre imagination, ce sont les comédiens eux-mêmes ! Preuve en est avec la confrontation ultime entre Joe et Jack dans un triangle amoureux avec Miss Acacia. Les trois personnages sont debout, chacun à une des extrémités d’un triangle imaginaire. La scène est nue, toute noire. Seuls les trois protagonistes sont éclairés. Chacun défend sa vérité… quelles que soient les conséquences…

Si le cœur du petit Jack ne doit pas subir de vives émotions, il en fut tout autrement pour le nôtre avec ce spectacle familial d’une grande sensibilité !

Informations pratiques :

La mécanique du cœur d’après le roman de Mathias Malzieu, adapté et mis en scène par Coralie Jayne, avec la compagnie Le Moineau, présenté dans le cadre du festival Off d’Avignon, du 6 au 29 juillet 2018, relâche les 16 et 23 juillet 2018, à 10 heures 20, au Pandora, 3, rue Pourquery de Boisserin, 84000 Avignon. Durée : 1 heure 20

Visuel : © Émilie Montuclard / Compagnie Le Moineau

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Magali Sautreuil
Formée à l'École du Louvre, j'éprouve un amour sans bornes pour le patrimoine culturel. Curieuse de nature et véritable "touche-à-tout", je suis une passionnée qui aimerait embrasser toutes les sphères de la connaissance et toutes les facettes de la Culture. Malgré mon hyperactivité, je n'aurais jamais assez d'une vie pour tout connaître, mais je souhaite néanmoins partager mes découvertes avec vous !

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