Spectacles
Jean Vilar et Dom Juan réunis sur scène à Avignon

Jean Vilar et Dom Juan réunis sur scène à Avignon

19 juillet 2013 | PAR Christophe Candoni

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Dans La machine de l’homme, on découvre un Jean Vilar contrasté et tiraillé en directeur de théâtre et chef de troupe plutôt sombre, tracassé, accablé même par les lourdes fonctions institutionnelles qui l’incombent et acteur et metteur en scène revigoré par le jeu et le plateau. 

Deux jeunes et talentueux artistes se sont penchés sur les écrits, les récits de souvenirs de Vilar et ont conçu pour la maison Jean Vilar à Avignon la proposition passionnante de rapprocher deux mythes : Vilar et Dom Juan, si différents et pourtant semblables.

Vilar acteur joue ce rôle de prédilection pour la première fois en 1934 à l’âge de trente ans. Il ne le quitte plus, il l’emmène sur les routes, en dehors des théâtres parisiens, à la rencontre de publics modestes et isolés, pour des représentations en plein air et par tous les temps. L’homme de théâtre s’identifie au personnage de Molière et se reconnait dans sa quête de liberté et sa constance en ses convictions. Dom Juan est « infidèle, déloyal mais pas frivole » écrit Vilar, c’est un homme « constant dans sa mission ». Tandis que la force l’abandonne et qu’il se sent artistiquement vulnérable, le recours à Dom Juan lui donne de la force, du courage pour tenir et accomplir ses engagements.

Dans l’humble et plaisante  forme que prend le spectacle, les textes de Vilar sont entrecoupés de quelques passages canoniques du chef d’oeuvre moliéresque. Stanislas Roquette, comédien admiré dans les rôles de Jean-Louis Barrault et Antonin Artaud, est cette fois metteur en scène et dirige son ami Stanislas  Siwiorek, très doué lui aussi, seul en scène, dans une partition qui lui va bien, construite avec malice comme un collage de textes fort bien monté, très fluide, dans lequel on ne voit pas les coutures. Il faut voir l’acteur se morfondre d’abord, s’enfoncer dans les couvertures du grand lit qui occupe le centre du plateau puis s’illuminer par le jeu, la rencontre avec le personnage, le théâtre qu’il fait naître sur l’instant. Tout s’anime, le lit devient tréteaux et rappelle le théâtre ambulant de L’Illustre Théâtre. Comme Vilar, Stanislas Siwiorek plonge à son tour dans le rôle avec un plaisir évident, en propose une interprétation exaltante et gourmande, notamment du célèbre monologue « La belle chose de vouloir se piquer d’un faux honneur d’être fidèle… » ou de la scène avec la paysanne qu’il joue dans une belle complicité avec le public et pour laquelle il séduit sans mal. Il fait à la fois entendre les trouvailles d’interprétation lumineuses et pertinentes de Vilar, ses consignes de jeu aux acteurs, et s’approprie le rôle, livre sa propre composition délicieusement fougueuse. Un beau moment de théâtre.

Infos pratiques

Présence Pasteur
La Manufacture Avignon
Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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