Danse

Sophiatou Kossoko fait le show au Théâtre de l’Etoile du Nord

Sophiatou Kossoko fait le show au Théâtre de l’Etoile du Nord

26 novembre 2014 | PAR Nina Farge

Dans le cadre du Festival Nio Far, la chorégraphe et danseuse Sophiatou Kossoko donne une courte création et une reprise, déployant un univers débridé dans lequel gesticulation et volubilité sont les mots d’ordre. En toile de fond, un miroir déformant raillant les incohérences et absurdités de la société en général, et du monde de l’art en particulier.

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Le Festival Nio Far est né en novembre 2013 de l’initiative conjointe du chorégraphe Pier Ndoume et du chanteur lyrique et directeur de compagnie Franck Dribault. Chaque année, des projections, débats et performances sont organisées sur la problématique du colonialisme, mettant à l’honneur les échanges interculturels afin d’opérer une réappropriation de l’histoire.

Le théâtre de l’Etoile du Nord (Paris 18ème) accueillait mardi 25 novembre Sophiatou Kossoko le temps d’une courte création et d’une reprise: la danseuse et chorégraphe nous a offert un moment de folie et de dérision, créant un univers psychédélique dans le prisme duquel les réalités se reflètent sous un jour tantôt favorable, tantôt inquiétant- quand l’absurdité ne morcelle pas le tout en éclats de rire.

Chorégraphe depuis 1995, Sophiatou Kossoko a à cœur le métissage des cultures et des arts: le corps devient un symbole, en mouvance dans un champ magnétique mystérieux lui imprimant des torsions, sursauts ou langueurs. Expandere #2, monologue dansé interprété par l’actrice Aïcha Kossoko, nous plonge d’emblée dans cette atmosphère singulière confinant au mysticisme: il est question d’un cercle ésotérique, celui de l’intimité permettant de s’isoler et de se ressourcer, mais au sein duquel on peut rester prisonnier… éternellement, puisque le monde nous a déjà oublié.


Nuit des musées 2014 : Expandere (dont s’inspire le Expandere #2 de la soirée du 25 novembre)

Le noir se fait dans la salle, les feux se rallument sur la scène et les spectateurs, et Sophiatou Kossoko, le visage grave et impénétrable, entre sur scène avec Philippe Foch, pour une reprise de Them No Go See (2012). S’ensuivent des minutes aussi longues que l’embarras, pendant lesquelles le deux artistes toisent les spectateurs, balayant la salle d’un regard inquisiteur. A l’incrédulité succède bientôt la morgue et la raillerie, la chorégraphe se mettant alors à singer la posture lasse, hébétée ou écarquillée des spectateurs qui lui font face. Personne n’y coupe dans la petite salle du Théâtre de l’Etoile du Nord: on est gêné, impatient, amusé. Pas au bout de nos surprises en tous cas: tout au long du spectacle, la danseuse jouera en effet avec les émotions et attentes du public, se ruant sur des fauteuils sur lesquels on est assis pour les secouer frénétiquement, apostrophant le spectateur ou s’enfuyant de la salle en courant pour réapparaître uniquement par la voix.

Dans cette grande hystérie effervescente, Sophiatou Kossoko semble mener une course effrénée contre l’ennui. Elle s’arme pour ce faire de son corps travaillé par la danse, lui donnant des impulsions tantôt rigides, tantôt sensuelles, permettant de déployer des mouvements en butte à des énergies contrastées. Mais le projet de Sophiatou Kossoko touche également au théâtre et à la musique: la logorrhée, pendant verbal de la gesticulation, donne à entendre des bribes de conversations comiques par leur platitude, des slogans publicitaires, et également des indications capillotractées données aux artistes lors des répétitions. Car les créations de Sophiatou Kossoko constituent aussi, sinon une réflexion, du moins un miroir esthétique, déformant la réalité de l’art et les artistes pour mieux la révéler.

Les racines africaines affleurent à travers les procédés récurrents de répétition: les mots perdent leur sens pour devenir signifiant musical à valeur incantatoire; l’agitation survoltée se muant alors en une transe incohérente galvanisant l’artiste -et souvent, la salle.

Festival Nio Far jusqu’au 29 novembre 2014: Renseignements et réservations auprès de Nawel Ouafi – 01 42 26 29 21 – [email protected] . A partir de 5 euros.

Visuel: affiche du spectacle

Vidéo du spectacle Expandere, duquel s’inspire Expandere #2, dans le cadre de la Nuit des Musées

Infos pratiques

Macon Scène Nationale
Théâtre du Torrent Annemasse
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