Danse
Rencontres à Chaillot, vers un processus de création toujours plus subtil

Rencontres à Chaillot, vers un processus de création toujours plus subtil

30 juin 2013 | PAR Marie Boëda

Au cœur de la Biennale d’art flamenco, une rencontre entre différents genres chorégraphiques a vu le jour au Théâtre national de Chaillot le 26 juin. Quatre danseurs Carolyn Carslon, Eva Yerbabuena, Kader Attou et Andrés Marin ont questionné les croisements et les influences du flamenco avec la danse contemporaine et le hip hop. Humour, complicité et éclat pour ces duos qui nous rappellent que la création chorégraphique est loin d’être rassasiée…

20090513-161825-6Un décor sobre que seules les lumières animent. Pour le premier duo masculin, Kader Attou et Andrés Marin sont accompagnés d’un violoncelliste, Eric Zorgniotti et d’un percussionniste, Yvan Talbot. Superposition de musique enregistrée et d’instruments en direct, l’effet surprend mais nous happe rapidement, aidée par la confrontation virile des nos deux danseurs. Hip hop mais pas seulement pour Kader Attou ; popping et street dance influencent également cette rencontre à la sauce malgré tout majoritairement flamenca. C’est avant tout la relation qui se crée entre les deux acrobates qui nous tient en haleine. Andrés Marin terrien et sanguin semblait provoquer Kader Attou se mouvant en contradiction, tantôt comme un animal fragile tantôt comme un être téméraire aux « envolées » répétitives. C’est dans un univers moins torturé, semble-t-il, que Carolyn Carlson et Eva Yerbabuena nous proposent de rentrer à la suite du premier duo. Hypnotisantes, elles ont des robes longues rouges, moulantes au buste et virevoltantes en bas. Carolyn Carlson qui se qualifie de nomade ne manque pas, encore une fois, de nous le prouver. Elle accompagne la danseuse de flamenco en douceur et avec humour et, on ne sait pas comment, la mettre en avant dans leur duo. Le jeu magnifique de la souplesse des mains qui tournent vers l’intérieur et l’extérieur ressemble à un code entre elles. Elles ne dansent pas toujours ensemble, elles dialoguent en utilisant le langage de l’autre. C’était le souhait d’Eva Yerbabuena de rencontrer Carolyn Carlson. Autodidacte et consciente de la diversité que peut englober son art, la danseuse andalouse s’est associée à une des chorégraphes contemporaines les plus innovantes de notre époque pour développer des réflexions de plus en plus subtiles. Paco Jarana à la guitare et José Valencia au chant profond et puissant les ont accompagnées tout du long laissant se propager une complicité enthousiasmante.

Des applaudissements reconnaissants à la fin du spectacle en disent long sur son effet détonnant et surprenant. Un salut pour les deux danseuses plein d’humour et naturel dénote la complicité qui a émergé de ce travail en commun. On est partagé entre la vision d’une rencontre difficile entre ces genres respectivement singuliers qui, pour communiquer doivent passer par des altercations presque brutales mais aussi par une unité amicale qui se forme au fur et à mesure. Une leçon de vie qu’on peut transposer dans bien d’autres domaines. Les efforts fournis pour comprendre l’autre et sa culture demandent parfois plus de temps mais aboutissent à une relation, dans notre cas, bouillonnante de caractère et de sensibilité.

Visuel (c) : affiche spectacle.

Infos pratiques

Théatre Gérard Philipe
Comédie saint michel
theatre_national_de_chaillot

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