Danse
[Avignon Off] Portland de La Veronal / Lali Ayguadé : une pièce chorégraphique de rêve (américain)

[Avignon Off] Portland de La Veronal / Lali Ayguadé : une pièce chorégraphique de rêve (américain)

19 juillet 2014 | PAR Camille Lucile Clerchon

La belle scène Saint-Denis, nichée dans la cour du Théâtre de la Parenthèse est un lieu incontournable de la programmation danse en Avignon. On peut y voir le superbe Portland de la compagnie catalane La Veronal : une forme courte qui passe au shaker des segments de mythologies américaines parmi les plus contemporains : un cocktail des plus savoureux, d’une pertinence politique aiguë servi par une interprète exceptionnelle.

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Il est des danseuses dont la générosité se conjugue à la virtuosité. Lorena Nogal est de celle ci, qui, au travers d’un langage chorégraphique d’une grande technicité, campe avec brio l’unique figure de Portland, pièce chorégraphique de haut vol créée par les catalans Marcos Morau et Lali Ayguadé.
A la maitrise parfaite du mouvement se mêle une attention profonde aux spectateurs, une intensité jusque dans l’intention du regard qui appuie là où ça questionne, là où ça fait parfois mal : comment penser ce vertige entre la machinerie implacable de l’Histoire telle qu’elle se déroule continûment, les grilles de lecture fournies par la sociologie pour analyser les faits sociaux, et l’existence de tout un chacun à l’humble échelle d’une vie humaine.
Portland s’offre une superbe interprète et une bande son fantastique, polysémique et touchante où l’analyse du phénomène touristique des croisières de luxe rencontre le discours emphatique d’un Barack Obama, la clameur d’une foule et les bruits de coups de feu. Dans les grands yeux bruns de la danseuse, on lit la stupeur du troufion prêt à embarquer pour la Syrie, l’euphorie du patriote brandissant son drapeau, la tendresse de l’Homme à la recherche de son semblable.
Portland pourrait être le portrait de l’être en perpétuel repositionnement, devant porter sur ses épaules une charge souvent inconfortable : une histoire faite de luttes de classe et de races, de guerres et grands idéaux déçus, déchus. Sur la lune, marquée depuis 1969 d’une empreinte américaine, sur terre et en mer, la pièce nous embarque et nous prend à parti sans concession : qu’il soit américain ou pas, quel rêve allons nous savoir réinventer?

Au Théâtre de La Parenthèse du 14 au 20 juillet à 18h
Portland de La Veronal / Lali Ayguadé est suivi de Aire de jeux / Bach de Bernardo Montet et de Romual, sans D de Romual Kabore.

Retrouvez le Dossier Festival d’Avignon 2014 de la rédaction.

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Violon sur le Sable
galerie David Hicks
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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