Danse

« Le Parc » d’Angelin Preljocaj au Palais Garnier

« Le Parc » d’Angelin Preljocaj au Palais Garnier

09 décembre 2013 | PAR Géraldine Bretault

Quel est le temps de gestation d’un « classique » ? Nul ne saurait le dire. Pourtant, Le Parc, ballet créé par le chorégraphe Angelin Preljocaj pour le ballet de l’Opéra de Paris, est vite devenu une œuvre de référence au sein de leurs répertoires respectifs. Nous sommes en 1994, bien avant l’aventure du Pavillon Noir à Aix, au cœur des « années sida« .

Un contexte historique qu’il est bon de rappeler, puisque Preljocaj était à New York lorsque l’épidémie a éclaté, et qu’il a collaboré par la suite avec Cyril Collard. Comment parler encore d’amour dans ces circonstances ? Le Ballet de Paris offrait par son répertoire même une ébauche de réponse : revenir aux origines, revisiter tout simplement la « Carte du Tendre ».

Dans un décor géométrique évoquant le jardin classique à la française, de drôles de jardiniers à lunettes jouent les intermèdes des différents tableaux. Entre parties de chaise musicale ou de colin-maillard, la tragédie est vite palpable, car en amour, on le sait, il y a d’irrémédiables perdants.

Aurélie Dupont et Nicolas Le Riche interprétaient fièrement les premiers rôles lors de cette première, couple d’étoiles bien assorties que l’on se délecte de retrouver ensemble. Portant à merveille la lavallière et la jaquette, petit page en culotte rouge velours, la belle Aurélie domine sa partition face à son partenaire lui aussi très primesautier.

Preljocaj fait preuve dans cette pièce d’une inventivité de tous les instants, où la fraîcheur et la rapidité le disputent à l’émotion tendue. Quelques expressions consacrées du répertoire galant prennent vie sous nos yeux, comme « perdre la face », lorsque les danseurs reculent, la tête complètement renversée ; ou encore les « transports amoureux », dans la très belle séquence du rêve au début du IIIe acte, lorsqu’Aurélie est portée de mains en mains parmi les quatre jardiniers.

Non, ils ne sont pas seuls au monde, pas encore, et le chorégraphe use à bon escient de l’unisson pour incarner le corps social face aux élus de l’amour. Le temps s’écoule, tic, tac, les dessous chics – notamment les longs tutus noirs transparents – divertissent un temps, mais le badinage ne saurait durer. Les concertos pour piano de Mozart sont une partition idéale, faussement légers, emportés par des élans préromantiques interprétés ce soir par Elena Bonnay.

Enfin, avant un dernier épilogue dévolu aux jardiniers, particulièrement efficaces et précis ce soir, était venu le temps du fameux baiser aérien. La magie était bien là, dans un de ces moments où la prouesse technique ne doit pas pour autant éclipser la pureté des émotions. Un pari tenu, salué par les applaudissements finaux.

Le Parc par operadeparis

Visuels : © Laurent Philippe / Le Parc, Opéra national de Paris

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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